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08/12/2011

"Shame" de Steve Mc Queen ou "Ya un magazine porno chic chez mon psy!"

Steve Mc Queen est une icône et Michael Fassbender un très beau mec. Et c’est cet immense acteur qui tient à lui seul un film très papier glacé, un film raté.

Photo léchée, mise en scène sophistiquée : les bobos sous Viagra applaudissent l’icone et le chic de la distance, mais le tout est sans émotion, et frôle le grotesque quand le hype Brandon (qui drague, baise, se branle beaucoup, écoute les variations Goldberg, et tient son appartement vide et propre) découvre sa sœur, artiste vaguement déglinguée qui a fait irruption dans sa vie et s’est installée chez lui, les veines ouvertes dans la salle-de-bains. A cet instant,  on ne ressent rien, pas le moindre pincement de l’âme, ni douleur, ni honte, ni regret. Certes le frère a l’air accablé, mais voilà qu’il s’allonge près de sa sœur et lui badigeonne gentiment les joues pâles de son sang. Puis, les mains maculées, il appelle les secours avec son portable. C’est si froid, si neutre, si plastique, que l’on s’y perd. On ne sait plus où l’on en est. C’est Colombo ? Merde, ses mains pleines de sang ! Il va être suspect ! Cette scène signe l’échec du réalisateur.

Une autre  est de la même eau si fade : cette fuite au bout de soi où Brandon provoque le mec d’une nana qu’il vient de draguer dans un bar de nuit, puis va se faire sucer dans un bar homo. Vengeance à coups de pieds dans les côtes : rien ne nous dit la volupté de l’humiliation. Ca passe c’est tout. Et dans la backroom, on s’embrasse puis c’est le pédé qui suce. Tous les hétéros qui s’aventurent n’ont pas cette chance…

Alors, il reste quand-même Michael Fassbender, et une finesse de jeu sans limite. Son visage et son expression de naufragé qui frôle la noyade quand, debout, il sodomise une partenaire (une pute ?) face à la baie vitrée d’un hôtel de luxe, rappellent cette phrase atroce de Montherlant dans le cycle des Jeunes Filles sur les femmes qui jouissent (« la grimace d’un chat qu’on étrangle ») - mais à l’envers, si j’ose écrire.

Deux autres scènes merveilleuses d’intelligence – faut être juste : dans l’une, on fait l’amour devant un écran plat éteint, comme si le porno était sorti du poste, et c’est une jolie parabole (un peu moralisatrice) ; dans l’autre le frère et la soeur règlent leur compte du présent devant un vieux Walt Disney que l’on devine à peine, un souvenir d’enfance persistant en guise de seul lien.

Et puis, il y a Carey Mulligan, Sissi, la soeur de Brandon. Phénoménale.

Et cette scène qui est le diamant du film : chantant «New-York, New-York» dans un club, le tube de Lisa Minelli, lentement, si lentement, la voix fragile,  les yeux plein de larmes, face à son frère qui  l’entend chanter pour la première fois, et pleure. Son petit visage en plan serré, sa jolie bouche trop maquillée, ses boucles de cheveux d’enfant et cette version soul à craquer. La musique de l’âme. On aimerait revoir ce film uniquement pour cette scène, et le revoir mille fois pour ça.

Quant au propos ? Bof, un magazine de cul chic dans la salle d’attente d’un psy. Bref, pas grand-chose. C’est grave de se branler, Dr?

 

Commentaires

moi qui n'ai pas, encore (!), vu le film, je ne comprends pas bien la scène de la back room après la bagarre mais toutes ces descriptions enlevées m'incitent à aller voir ce film, masturbatoire, semble t il...

Écrit par : françois | 11/12/2011

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