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09/12/2011

"Les Intouchables" ou les personnalités préférées des Français

Les  personnalités préférées des Français ?  Noah Yannick, Zidane Zinedine et Mathy Mimi. Le Noir, l’Arabe et la naine. Voila qui est réjouissant ! Et un Noir, un Arabe et une naine (comme on ne dit pas, je sais… en plus c’est faux, Yannick est métis, Zinedine, d’origine kabyle, et Mimi de petite taille, OK, mais c’est pour la démo !) , un Noir, donc, un Arabe et une naine qui ont réussi sans se plaindre jamais des discriminations et du regard d’autrui, sans lesquels cependant les Français ne les mettraient pas si haut.

Les Français savent la dureté et l’iniquité des conditions d’origine. Mais ils ne veulent rien entendre qui procéderait de la lamentation, de la récrimination, du rappel des origines qu’ici depuis des siècles on tait (et au fond, pour cela, on déteste le rap). Oui, ici on tait les racines, la religion ou les coups du sort - la distinction sociale suffisant bien à les deviner- parce que la République a proclamé l’égalité des droits, que nous avons connu des guerres fratricides et que la colonisation et le sort fait aux Juifs d’Europe nous taraudent encore. La  « race», les différences culturelles, les religions sont nos secrets de famille. Et sus à celui qui aurait la mauvaise éducation de s’en prévaloir ou de les revendiquer- d’où les tensions liées au voile…

Mais on est parfaitement conscient que l’égalité est de papier et le mérite inversement proportionnel à «la pureté» de la souche ou à la « normalité ». Voilà pourquoi on adore Noah et Zidane, pas parce qu’ils sont des champions (que ferait Mimi Mathy dans la liste ?) mais parce qu’on les sait plus méritants que d’autres et que tous trois ont eu la classe de n’aborder jamais ou avec une extrême pudeur le sort auquel ils ont été confrontés. Alors la France les met au plus haut et se contemple, assez peu sûre d’elle-même, dans leur réussite (« Dis-moi miroir que je ne suis pas raciste….»).

« Les Intouchables » est de la même eau. Un grand noir de banlieue, Driss, se présente devant un hôtel particulier dont le proprio cherche un garde-malade (pardon ! une aide à la personne). Son seul but ? Faire signer son papier de Pôle emploi pour attester de ses démarches et se casser aussitôt («garde la pêche»). Mais rien ne se passe comme prévu : il tombe sur un excentrique en fauteuil  roulant qui s’ennuie à un point tel qu’il propose le job au jeune par bravade. Et celui-ci se trouve contraint d’accepter, plutôt agacé par l’opportunité, devant œuvrer entre les gouvernantes, passer des bas de contention («ça je peux pas, c’est pour les femmes »), laver son handicapé ( « pas le cul, pas le cul »), mais épaté par le luxe, les bains moussants, et les bagnoles. Jusqu’à se lier avec celui dont il fait un compère, lui faisant fumer du hasch, roulant ensemble à toute allure, le sortant la nuit, allant voir les putes, lui caressant gentiment l’oreille -seule zone érogène du patron-, et lui trouvant, à la fin, une femme de bonne éducation.

Omar Sy est épatant, et crève l’écran d’authenticité. Le portrait de ce jeune de cité brut-de-coffre et qui le demeure, mais se sort de ce job avec une inattendue maestria, fort personnelle, est réjouissant. Alors on rit aux éclats, des larmes au bord des yeux. Moins touché par la belle relation entre le gosse de banlieue et le handicapé, que par l’abattage et la réussite de Driss.

Ce  film fait du bien, et plus de bien encore aux jeunes des cités, fiers que l’un des leurs y arrive, adorant  le personnage d’Omar Sy, comme on espère gagner aux jeux de grattage. Un merveilleux article dans Le Monde l’autre jour racontait la projection du film dans une salle comble de la Courneuve, avec les jeunes qui tentaient d’entrer dans la salle en douce, négociaient le prix du ticket comme au bled ou présentaient une carte d’abonnement au nom d’un autre, mais aussi leurs rires et leur joie face à la reconnaissance qu’inspire l’un des leurs – le personnage et l’acteur, tout en un-, puis leur silence absolu quand la mère de Driss apparaît à l’écran, femme qui élève seule ses enfants, dans un appart plein de gosses, exaspérée par les trafics de l’un et fâchée contre son aîné qui vient la voir pour la première fois depuis sa sortie de prison. Un silence, comme une marque de respect pour la daronne - et peut-être un sentiment de culpabilité plus personnel.

Mon ami Amine, 24 ans, très "oim chuis dla street", est allé voir le film sur mes conseils (« place Clichy, wesch, j’vais toujours là-bas »). Il a adoré («ça déchire! tu regrettes pas tes 12 euros ») et m’a dit, après un léger silence, mesurant ses confidences : « Ce qui est dommage, c’est quand il part, à la fin, on sait pas ce qu’il va faire. Tu crois qu’il est retourné voir sa mère ? »

Oui, ce film et tout ce qu’il inspire sont vraiment craquants. Un si grand besoin de reconnaissance, de part et d’autre. La France qui aimerait passer pour une mère bienveillante mais ne sait plus comment faire,  et tous ces jeunes qui aspirent avec tant de force, mais si peu d’énergie, à lui prouver qu’ils sont de bons fils.

 

08/12/2011

"Shame" de Steve Mc Queen ou "Ya un magazine porno chic chez mon psy!"

Steve Mc Queen est une icône et Michael Fassbender un très beau mec. Et c’est cet immense acteur qui tient à lui seul un film très papier glacé, un film raté.

Photo léchée, mise en scène sophistiquée : les bobos sous Viagra applaudissent l’icone et le chic de la distance, mais le tout est sans émotion, et frôle le grotesque quand le hype Brandon (qui drague, baise, se branle beaucoup, écoute les variations Goldberg, et tient son appartement vide et propre) découvre sa sœur, artiste vaguement déglinguée qui a fait irruption dans sa vie et s’est installée chez lui, les veines ouvertes dans la salle-de-bains. A cet instant,  on ne ressent rien, pas le moindre pincement de l’âme, ni douleur, ni honte, ni regret. Certes le frère a l’air accablé, mais voilà qu’il s’allonge près de sa sœur et lui badigeonne gentiment les joues pâles de son sang. Puis, les mains maculées, il appelle les secours avec son portable. C’est si froid, si neutre, si plastique, que l’on s’y perd. On ne sait plus où l’on en est. C’est Colombo ? Merde, ses mains pleines de sang ! Il va être suspect ! Cette scène signe l’échec du réalisateur.

Une autre  est de la même eau si fade : cette fuite au bout de soi où Brandon provoque le mec d’une nana qu’il vient de draguer dans un bar de nuit, puis va se faire sucer dans un bar homo. Vengeance à coups de pieds dans les côtes : rien ne nous dit la volupté de l’humiliation. Ca passe c’est tout. Et dans la backroom, on s’embrasse puis c’est le pédé qui suce. Tous les hétéros qui s’aventurent n’ont pas cette chance…

Alors, il reste quand-même Michael Fassbender, et une finesse de jeu sans limite. Son visage et son expression de naufragé qui frôle la noyade quand, debout, il sodomise une partenaire (une pute ?) face à la baie vitrée d’un hôtel de luxe, rappellent cette phrase atroce de Montherlant dans le cycle des Jeunes Filles sur les femmes qui jouissent (« la grimace d’un chat qu’on étrangle ») - mais à l’envers, si j’ose écrire.

Deux autres scènes merveilleuses d’intelligence – faut être juste : dans l’une, on fait l’amour devant un écran plat éteint, comme si le porno était sorti du poste, et c’est une jolie parabole (un peu moralisatrice) ; dans l’autre le frère et la soeur règlent leur compte du présent devant un vieux Walt Disney que l’on devine à peine, un souvenir d’enfance persistant en guise de seul lien.

Et puis, il y a Carey Mulligan, Sissi, la soeur de Brandon. Phénoménale.

Et cette scène qui est le diamant du film : chantant «New-York, New-York» dans un club, le tube de Lisa Minelli, lentement, si lentement, la voix fragile,  les yeux plein de larmes, face à son frère qui  l’entend chanter pour la première fois, et pleure. Son petit visage en plan serré, sa jolie bouche trop maquillée, ses boucles de cheveux d’enfant et cette version soul à craquer. La musique de l’âme. On aimerait revoir ce film uniquement pour cette scène, et le revoir mille fois pour ça.

Quant au propos ? Bof, un magazine de cul chic dans la salle d’attente d’un psy. Bref, pas grand-chose. C’est grave de se branler, Dr?