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13/10/2012

"14" de Jean Echenoz, éditions de Minuit

Il y a des livres frustrants, des livres ratés et des livres nuls. Il est à craindre que le « 14 » de Jean Echenoz soit à ranger dans la dernière catégorie. Cet écrivain si fin ( « Je m’en vais », «  Ravel » surtout) a perdu ses papiers, comme l’on dit en tauromachie d’un torero dans un mauvais jour.

La Grande guerre en 120 pages, cinq hommes qui partent au front et une femme qui en attend deux.

Ca ne commence pas si mal avec des prénoms choisis, Anthime, ou des noms de terroir, Arcenel, Padioleau ; des tissus d’antan : batiste, cheviotte, cretonne ;  des métiers de jadis ou de naguère, garçon boucher, équarisseur, bourrelier et, s’agissant de la guerre, un premier combat aérien, alors inédit, beau comme une dictée de sixième, une fanfare sur le champ de bataille « envisageant d’illustrer vaillamment l’assaut », ou l’amputation d’un bras dont les autres soldats sont envieux (« Tous lui ont montré comme on lui enviait cette bonne blessure »). D’autres joliesses littéraires, simples mais bien trouvées : les correspondances depuis le front «  des cartes postales enjolivées par un apéritif miraculeusement trouvé » (p.42), ou l’arrière vidé de ses hommes, seulement des femmes, des vieillards et des gamins « le bruit de leur pas sonnent creux dans un costume trop grand »(p.26).

Mais à part cela, qui est peu, plus rien sinon le tic des listes que trop d’auteurs contemporains donnent pour virtuosité quand il suffit pourtant d’un piètre dictionnaire des synonymes : liste des bois meublant, listes de poissons !, listes d’accessoires à fourguer dans son sac, etc.

Et tout ceci, dans un style abandonné et lourd, que l’on n’imaginait pas chez Echenoz ; deux «  a commencé de », expression commune, sur deux pages (p.10 et 11) mais aussi, à propos d’un regard : « se forçant à le charger du moins d’expression disponible tout en en suggérant le maximum – nouvel exercice cette fois doublement antinomique »(p.20) ; des variétés de bois meublant une chambre « les meubles témoignent d’une diversité forestière tel un  arboretum » (p.22) ; d’une maison « comme s’il fallait décidément qu’une demeure, tel un chien, fût homothétique à son maître » (p.35) ; « un éclat d’obus retardataire […] comme un post-scriptum » (p.82) .

Le tout, sur un ton plat qui cherche sans doute la dénonciation distante, qui aimerait que la phrase grince, comme humanisme désabusé, mais qui fait flop ! Sous l’acidulé on ne trouve que le grotesque. Et les combattants perdent leur casque, leur tête, un bras, la vie comme dans Sacré Grall des Monty Python. Sauf qu’ici on en sort accablé.

Oui, c’est rare de le dire ainsi : mais « 14 » est vraiment un des plus mauvais livres que j’aie jamais lus.  

 

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