Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

30/10/2013

"Ormuz" de Jean Rolin, P.O.L

On n’avait déjà pas très envie de choisir de passer ses vacances sur le détroit d’Ormuz. D’abord parce qu’il faut regarder une carte pour se souvenir exactement où c’est. On voit à peu près, mais exactement…. C’est l’étranglement entre le golfe Persique et la mer d’Arabie, entre l’Iran, le sultanat d’Oman et les Emirats Arabes Unis, dont on comprend bien qu’ils sont plusieurs mais dont on ne sait jamais le nom, sauf les aéroports. Pas bien envie, donc, mais après avoir lu le Jean Rolin, plus envie du tout !  Voici le récit qu’un narrateur fait du projet d’un certain Wax qui souhaite traverser le détroit à la nage, entre pétroliers et navires de guerre, nombreux mais seuls à croiser dans cette zone géostratégique, entre les deux rives, les deux minérales, poussiéreuses, écrasées de chaleur, blanches. De Wax, on ne sait rien sinon qu’il est fuyant et que sa biographie est aléatoire. Des ressorts de son projet pas grand-chose. Et du narrateur qui se plie de plus ou moins bonne grâce à la demande de Wax de répertorier tout ce qui est le plus proche du détroit, pas beaucoup plus.

Bref, il ne se passe rien, ni intrigue, ni sentiment, ni profondeur ; la phrase est longue come l’ennui, très «  nouveau roman », très Robbe- Grillet et assez comique de vacuité. Quelquefois, on se prend au jeu de cet exercice de style, entre bayements et éclats de rire. Mais on songe surtout que Rolin a dû signer un contrat avec son éditeur, lui a promis une livraison pour la saison des prix 2013 et qu’enragé de devoir tenir un tel engagement, il l’a fait au second degré pour dégoûter son monde ! Il a certes un peu bossé, a collectionné les noms d’oiseaux qui s’égarent dans les parages et conte quelques anecdotes militaro-pétrolifères sur quelques destroyers, corvettes furtives et autres frégates qui croisent.

Ce non-livre me rappelle les lignes que nos instit de jadis nous imposaient en guise de punition quand les châtiments corporels se faisaient plus rares. Eprouvantes et sans utilité. Le seul scandale n’est pas que ce livre existe - on peut ne pas le lire-, c’est qu’il se prévale à plusieurs reprises de Joseph Conrad, qui a certes écrit pour vivre, mais ses récits les plus alimentaires, s’ils avaient quelquefois un même détachement apparent dans la narration, n’étaient ni indigestes ni dérisoires. De Rolin, cet écrivain des marges, en rester donc à « La Clôture » superbe, intelligent, sur les boulevards des Maréchaux entre prostituées nigérianes, gourbis kabyles et maréchal Ney, le vrai.

 

 

Les commentaires sont fermés.