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25/09/2014

"Peine perdue", Olivier Adam, Flammarion

Olivier Adam est le romancier des invisibles, des gens de peu, des cabossés de la vie, des qui voudraient bien mais ne peuvent guère. De la France d’en bas. Un romancier non pas des vies tragiques mais du tragique de la vie, de sa dureté et de l’absence de compassion de l’époque à l’égard de qui ne réussit pas. Et si c’est un immense romancier- oui, immense, un Jules Vallès, un Louis Guilloux, un John Steinbeck- c’est que, comme eux, il donne de l’épaisseur aux invisibles et les restitue à la littérature comme on se jette à l’eau pour sauver qui se noie. Les sauver de l’oubli, les protéger de l’indifférence, du racisme social et du mépris.  Son genre, c’est la parousie des éclopés.

Il n’y a pas de colère, chez Olivier Adam, pas de combat, pas de dénonciation. Il n’est pas un écrivain du roman social. Il y a dans son écriture une immense empathie, une fraternité douloureuse pour ses personnages. Et les souffrances auxquelles ils se cognent, les faiblesses qui les épuisent, sont souvent comme le destin qui frappe. A l’aveugle. La faute à qui ? A pas grand monde. Pouvait-il en être autrement ? Sans doute pas. Alors pourquoi donc écrire ces vies minuscules ? Pour leur offrir une sépulture, comme Antigone à Polynice. Pour qu’ils ne meurent pas comme des chiens. Et qu’on les sache nos frères.

On retrouve Antoine inconscient à l’entrée de l’hôpital. Antoine est un bon à rien mais la vedette de l’équipe de foot d’une station balnéaire du Midi qui a qualifié son équipe de CFA en quart de finale de la Coupe de France  avant de se faire suspendre pour avoir donné un « coup de boule » à un adversaire sur le terrain, comme Zidane. Quelques jours plus tard une tempête inattendue ravage la ville à peu près désertée hors saison, provoquant une série de noyades et de disparitions « Peine perdue » est découpé en 23 chapitres, chacun consacré à un personnage, impliqué à un titre ou à un autre dans les événements racontés façon puzzle, jusqu’à ce qu’on distingue les morts des vivants et que l’on sache ce qui est arrivé à Antoine.

Le talent d’Olivier Adam est d’avoir construit un roman à suspens, genre policier, autour de chapitres dont chacun est en soi une nouvelle. Le vieux couple en villégiature marchant à pas lents au bord des falaises, comme au bord du gouffre des derniers instants d’une vie. Mélanie, la jeune mère que ses parents ont virée quand ils l’ont su enceinte, portée à bouts de bras par l’assistante sociale et qui n’ose pas aller au commissariat pour déclarer la disparition de son mec (« Comme n’importe qui dès qu’on parle d’aller voir la police. N’importe qui dès lors qu’on se situe d’un côté bien précis de la barrière. Le côté des emmerdes […] Ceux qui ont besoin d’être protégés sont précisément  ceux qui se méfient le plus de ceux qui sont censés le faire. Travailleurs sociaux. Médecins. Hôpitaux. Pôle Emploi. Travailleurs sociaux. Politiciens. Gouvernement. Europe »). L’écrivaine lesbienne qui médite avec mélancolie sur son couple défait (« C’est un long apprentissage parfois que de savoir rejoindre enfin la vie qui nous va »). Alex, le vigile des entrepôts, beau gosse, boxeur à l’occasion, qui croise la femme de ménage quand elle vient prendre son service au petit matin et quelquefois, c’est mystérieux, plus fort qu’eux, ils font l’amour (« Il pouvait se faire à peu près n’importe quelle fille le samedi soir quand il sortait boire avec les potes. Maria avait la quarantaine bien tassée. Un visage triste. Mais il ne sait pas. De temps en temps ça les prenait »). Clémence qui a la fascination des fenêtres éclairées au front des maisons et déambule la nuit pour se faufiler dans une autre vie que la sienne. Jeff, le raté, peut-être plus que les autres mais pas forcément non plus, factotum au camping, un des très beaux personnages du livre comme le père d’Antoine et au fond tous les autres.

Olivier Adam est l’écrivain du lien mais du lien abîmé, défait, effiloché, usé, corrompu, décomposé. Famille, couple, parents/enfants, amis, anciens amants. Sa grandeur, c’est qu’il n’accuse personne en se bornant à exhiber des plaies, profondes, enfouies, et souvent hélas définitives, de ceux d’en bas. « Ne lui demandez-pas non plus de qui il parle quand il dit « nous ». Nous c’est nous. C’est tout. Ceux qui en sont le savent très bien. Et les autres aussi. Chacun sait où il est. De quel côté de la barrière »

Un très beau livre, plein d’émotion, d’une sensibilité à fleur de peau, mais très tenu. Dans la lignée de son précédent roman  « Les Lisières », mais plus abouti, mieux construit, sans doute plus important et qui résonne longtemps quand on l’a refermé. Il est vrai que de nos jours l’humanisme est un exotisme. Celui d’Adam est rêche, rugueux, mélancolique et affligé. Et soulève l’âme comme un ciel immense traversé de tintements de haubans dans un port en novembre.

 

 

Commentaires

Sur sleeping, le film, tout esr admirablement bien dit sauf la beaute des capadoces en hiver, la scene de la gare digne de tolstoi. J ajoute que le petsonnage. Principal ne contemple pad la scene du loyer impaye ; j aurais ecrit : il l observe.
Bises

Écrit par : chab | 27/09/2014

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