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24/04/2015

"Je suis Juan de Pareja" d'Elisabeth Borton de Trevino, édit Médium, trouvable au Grand Palais

On visite l’expo Velasquez au Grand Palais et soudain les références à « l’esclave » de Velasquez intriguent. Il y avait donc des esclaves dans l’Espagne métropolitaine du XVIIème siècle ? On cherche, on furète et on apprend qu’en effet, il y a encore à cette époque des esclaves à Cadix, Séville ou Madrid, des morisques, des turcs, des arabes ou des noirs, ceux-là nés de mères africaines ou d’outre-Atlantique, elles-mêmes immigrées et attachées à une maison dont elles étaient les domestiques, des esclaves sous statut, qui pouvaient être baptisés mais le baptême ne valait pas affranchissement, pour cela il fallait une lettre du maître, des esclaves qui pouvaient se marier mais donnaient alors des lignées d’enfants sous statut d’esclaves, des esclaves qui pouvaient être vendus ou dont on pouvait hériter.

Ce fut le cas du grand peintre Velasquez qui hérita d’un esclave dans des conditions obscures, un esclave dont l’histoire a conservé la trace, qui travaillait à ses côtés, qui a fait avec lui le voyage en Italie, qui s’est trouvé associé à son atelier à la cour de Philippe IV avant d’être affranchi par son maître. Cet esclave, c’est Juan de Pareja dont Velasquez a fait un portrait qui se trouve au Moma de New York, tableau qui n’a pas, hélas, fait le voyage à Paris.

Elisabeth Borton de Trevino, dont je sais peu de chose sinon que c’est une américaine qui a épousé un richissime mexicain, a publié en 1965 un joli petit livre destiné à la jeunesse sur Juan de Pareja. C’est un roman sans prétention, au style simple et limpide, qui reconstitue ou brode sur cette histoire d’amitié entre Velasquez et son esclave en restituant dans une vaine populaire et quelque fois picaresque mais non sans finesse, l’Espagne du XVIIème siècle, la vie des familles d’alors, le travail d’atelier, l’ennui de ce roi triste et les œuvres de ce peintre taciturne.

Le précieux de ce livre, c’est bien sûr le portrait de Velasquez qui s’en dégage avec des annotations sensibles et pénétrantes sur quelques unes de ses toiles,  le récit de la visite de Rubens à la cour d’Espagne, celui de la jalousie des peintres italiens quand Velasquez s’approche du Vatican et du Pape Innocent X qui lui commande un portrait, l’évocation de Murillo enfin, homme bienveillant et attentif au sort de son prochain.   

Son intérêt, c’est aussi de nous rappeler, dans une manière un peu naïve, qu’il y avait encore des esclaves dans l’Espagne du Siècle d’Or que de bienveillants génies de notre civilisation ont tardé à affranchir, ne s’avisant pas même qu’à défaut, cet homme serviable à leur côté demeurait statutairement une chose.

L’esclavage sera aboli en Espagne métropolitaine en 1836.  

Ce livre qui vient d’être réédité à l’occasion est une très jolie et assez précieuse entrée en matière à la belle expo du Grand Palais.

 

Commentaires

Bien sur qu'il y avait "encore" des esclaves ! Il y en avait partout à la même époque.

Écrit par : Justo Pompeyo | 25/04/2015

En France métropolitaine, la règle était la suivante depuis un édit de Louis X le Hutin (1315) " Le sol de France affranchit quiconque y pose le pied". Cette règle évidemment ne valait pas pour les colonies françaises et n'a pas empêché la France de pratiquer le commerce triangulaire. En outre, la règle de l'affranchissement du sol a été "atténuée" en 1716, s'agissant des esclaves en provenance des colonies et accompagnant leurs "maîtres" en Métropole, qui demeuraient esclaves sur le sol français en attendant de repartir vers les colonies.

Écrit par : joselito30 | 25/04/2015

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