Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

15/10/2015

"Péchés capitaux" de Jim Harrison, Flammarion, trad. B. Matthieussent

Drôle de livre et drôle d’écrivain.

La distraite confession d’un flic à la retraite, 65 ans, séparé  de son épouse aimée parce qu’il travaillait trop, voyeur et travaillé par le sexe, passionné de pêche, qui achète une propriété délabrée dans le Michigan pour s’adonner à sa passion des lacs et des rivières et qui découvre que ses voisins, la famille Ames, un clan violent et incestueux, s’entretuent et tuent à l’occasion les étrangers ou les flics de passage. Tout le monde les craint, la plupart finissent en prison, les autres tombent comme des mouches, raides morts sans que l’on sache bien pourquoi. Cela n’empêche nullement notre retraité d’aller pêcher comme si de rien n’était et de faire l’amour avec la fille du clan dont il se demande toute de même si elle ne b…. pas avec son oncle et n’empoisonne pas les autres.

Voilà l’intrigue. « Péchés capitaux » est un roman noir au ton placide. C’est ce ton qui fait le livre et nous y attache sans qu’on y prenne garde. Le ton d’un analysé qui aurait perdu son surmoi, qui ose tout dire, tout raconter de ses tourments, de ses pleurs sur lui-même, de ses scènes d’amour avec sa fille adoptive, de ses voisines qu’il regarde par un œilleton percé dans le mur de sa bibliothèque quand elles font du sport ou reviennent de la douche une serviette à peine nouée autour de la taille.

Un peu lucide, un peu raté, assez alcoolique, aimant la bonne bouffe, sans doute las des horreurs que son métier lui a fait traverser, revenu d’un peu tout, notre personnage principal est bienveillant à la misère. Sociale, affective, sexuelle. A la solitude. La sienne et celle des autres.

C’est aussi le livre d’un Américain de gauche, très politiquement incorrect aux US, qui n’aime pas les Sudistes, déteste les crimes de l’Empire américain, aime les Indiens, vaguement misogyne (« ne rien désirer d’autre que le cul de sa voisine et une bonne partie de pêche ») et qui dédaigne les intellos.

Le livre d’un écrivain aussi, avec quelquefois de belles fulgurances, toujours brèves mais aux vibrations profondes : «  En général nous connaissons très mal les gens mais il est peut-être mieux que chacun de nous reste essentiellement un mystère pour autrui » ; ou, à propos des anciens taulards : « le plus souvent des types mornes et abattus, blessés comme si leur innocence première avait été bafouée par le crime » ou encore «  Il remarqua qu’il était très difficile de penser à soi quand on regardait un fleuve » et de très belles pages de scènes de pêche, du temps qui passe, des tons changeant de la nature, des poissons que l’on prend, qui sont le meilleur de ce récit, et de loin.  

C’est cela qui surprend sous couvert d’une médiation désabusée sur la violence, le  huitième péché capital du titre : qu’un vieux monsieur tel qu’Harrison qui aime autant la pêche, et dont le personnage principal est manifestement le double, puisse être à ce point lubrique. D’un chasseur, on comprendrait…., mais d’un pêcheur, si naturellement patient, installé au bord d’une rivière comme en lisière de  la vie, qu’on imagine indifférent au mouvement, un petit pliant à ses côtés, contemplant sans fin l’immobilité de ses lignes ! Faut pas se fier! P… les vicieux !!!!

 

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.