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25/07/2016

Maître Gims aux arènes de Nîmes

C’est sûr, compte tenu des préjugés et de l’apartheid social et culturel qui prévaut en France, il faut avoir un peu de force d’âme pour aller voir Maître Gims aux arènes de Nîmes. J’en viens. Et ce fût une soirée merveilleuse. La première depuis Nice…..

Mes potes rappeurs le méprisent : variété, fric, chanteur pour ados.

Les amis de mon âge l’ignorent, ne le connaissent pas même, faute d’enfants en âge. Sexion d’Assaut, le groupe d’où il vient, ils n’en ont jamais entendu parler… Mes amis, hors GPA, vont au théâtre à Avignon et à l’opéra à Aix et s’ils sont non loin de Nîmes en plein été, ils s’installent en terrasse près des arènes pour profiter des miettes de Téléphone, de Johnny H. ou du « capitaine » Michel Polnareff, en économisant le prix de la traversée.

Mes potes d’aficion a los toros en sont quant à eux à blâmer Francis Cabrel d’avoir chanté l’autre soir une de ses plus belles chansons, « La corrida », dans les arènes de Nîmes au motif qu’elle est « anti ». C’est fou les fractures entre amis… Je suis aficionado depuis 30 ans et j’adore cette chanson. Mon Dieu qu’elle est belle… Et la sensibilité du type qui l’a écrite est saisissante. Peu m’importe qu’il soit « pour » ou « contre » la corrida. Pour moi Cabrel est un frère poète en aficion a los toros, beaucoup plus agréable que tant de voisins de rang, et peu m‘importe son intention. Sa chanson ne me chagrine pas, elle est le revers de ma passion, sa vérité cachée, le mouchoir dans la poche, la marguerite de Brassens («La petite Marguerite/ Est tombée/ Singulière/ Du bréviaire/De l'abbé/ Trois pétales/ De scandale/Surl'autel/ Indiscrète/ Pâquerette/ D'oùvient-elle? »).

Maître Gims est un grand artiste. La voix chaude et puissante d’un baryton, un répertoire agréable pour ados, une forte présence en scène et, l’air de rien, une fidélité aux origines qui en impose pour qui sait voir et entendre.

Fidélité aux origines du rap, avec un flow puissant, précipité et éclatant, miraculeux de jeu et de légèreté, entre feux d'artifice et champagne, avec la manière d’être de l’artiste sur scène, son comportement avec ses musiciens, sa sape, le contact avec un public qu’il connaît par cœur et l’invitation à le rejoindre de compagnons moins connus qui chantent avec lui – et le petit gros en survêt était top. Vous voyez, vous, Johnny ou Polnareff inviter le gars du bas de l’immeuble sur scène ? Moi pas. Et cette seule présence assumée, cette invitation à paraître faite à un pote genre "gras double", pas très «  bogoss » ni pompes à abdos mais à la voix d’or qui enchante la scène, un pote que MG devait appeler naguère « frère » ou « cousin », est aussi une leçon de fraternité et de partage. Force des serments de cage d’escaliers où se sont entretenus les rêves d’ados.

Fidélité aux errances, aux influences et à l’ouverture au monde : la musique cubaine ou afro est très présente. Son festif, déhanchements de folie, voyages. Les mélodies nous transportent loin, loin de la cité et loin de « chez nous », à Kinshasa, La Havane ou dans l'appart de notre voisin. Et si l’on dit quelquefois que Maître Gims c’est de la « variété », ce n’est pas faux, mais ce n’est ni celle de Michel Drucker ni celle des Carpentier….

Fidélité à son Afrique à lui, la RDC, l’ancien Zaïre, dont il se pare drôlement en se vêtant d’un long manteau panthère genre Mobutu de la grande époque. 

Et avec ça, un public jeune, assez blanc, assez fille, des enfants avec leurs parents, des ados qui connaissent les paroles par cœur, des bermudas en pagaille, des tongs et des baskets pas chères, le maire de Générac qui avait dû avoir une place gratos, quelques casquettes à l’envers, des volutes de shit un peu partout, une ambiance insouciante et festive.

La France que j’aime. L’anti-Nice, la France qui ne s’abîme pas en étant addict à BFM TV, qui peut vivre en pensant à autre chose qu’à Daesh ou aux barrières de sécurité qui usurperaient leur nom.

La France qui a confiance, qui ne proscrit pas son prochain, qui est absolument indifférente aux origines, à la couleur de peau ou aux jolis foulards des jeunes filles qui se dandinent en prenant des selfies à envoyer aux copines.

Et quand Maître Gims a entonné « Bella », sa chanson hispanisante, une video de corrida- sans doute une novillada non piquée, peut-être Thomas Joubert à l’œuvre- a électrisé les arènes. Il n’y avait pas trace de sang, mais il y avait bien un homme, une muleta et un toro.

Oui, vraiment, ce soir, Maître Gims et son public, c’était la classe.

Commentaires

c bouleversant...

Écrit par : genviève | 27/07/2016

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