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02/09/2016

" Ce vain combat que tu livres au monde" Fouad Laroui, Julliard

Petit livre, pas très écrit et vite lu. Sans épaisseur littéraire mais avec un ton, cursif, très dialogué, rapide, allant à l’essentiel. Et non dépourvu d’enseignements.

La vie de quatre jeunes gens et singulièrement d’Ali, brillant ingénieur informatique auquel sa boîte doit beaucoup mais qui se trouve soudain privé de la possibilité de mettre en œuvre un projet dont il est pourtant le maître d’œuvre, pour cause de méfiance d’un partenaire américain : il est né au Maroc et son cousin Brahim est assez religieux…! Pour Ali, c’est l’incompréhension, la honte, et la bascule. La grande. Celle que l’on devine. Autour de lui, sa fiancée Malika, née en France, sa copine Claire et son cousin, le fameux religieux.

Ce récit sans surprise serait peu de chose sans le ton enjoué du départ, les interventions tantôt comiques tantôt savantes du narrateur et, en dépit de tout, un grand effet de vérité.

Car la narration, au fond assez pauvre, est entrecoupée de passionnantes digressions sur l’histoire du Proche-Orient vue du côté des Arabes. Ce récit arabe de l’Histoire est édifiant, autant que le nôtre. Et saisissant quand un chef djihadiste, tout à sa leçon de choses auprès des nouveaux combattants arrivés d’Europe, tient le même discours ou à peu près que celui du narrateur.

Non que Fouad Laroui, fasse de ce livre un opuscule djihadiste ! c’est bien sûr tout le contraire. Ce que nous enseigne l’auteur, c’est que cette histoire du Proche-Orient, vue de l’autre côté, comme l’avait fait Amin Maalouf – notre Académicien- s’agissant des croisades, à force d’être tue chez nous, passe pour une révélation à la force d’adhésion inouïe au bénéfice du premier qui s’en empare. Et si le premier qui s’en empare est l’odieux recruteur d’une secte criminelle, la partie est perdue.

Lawrence d’Arabie, Sykes-Picot, Nasser, Khomeyni, Bush, Paul Bremer, tout y passe, écrit avec intelligence, clarté et l’heureuse pédagogie de la collection «  Pour les Nuls » que l’on n’ose pas afficher dans sa bibliothèque mais dont nous possédons chacun plusieurs ouvrages, aussitôt lus aussitôt dissimulés…

Celui-ci est du même genre. Mais à vous donner des remords en plus. Non par inclinaison pour la repentance, par souci de refaire l’histoire ou de la juger. Mais parce qu’elle met en lumières un aveuglement collectif qui tient pour négligeable la présence de millions de Français que l’on renvoie constamment à leurs origines tout en leur demandant de les taire. A méditer, donc.

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