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22/10/2016

"Tabou", Ferdinand von Schirach, Gallimard, trad. Olivier Le Lay

Drôle de livre. Qui se lit d’un trait. Mais sans doute trop allusif ou à la construction trop sophistiquée pour tout à fait convaincre. A moins que l’auteur, un prestigieux avocat pénaliste allemand dont c’est le quatrième roman, n’ait pas vraiment choisi son thème. Car ce «  Tabou » est en réalité deux livres en un.

Le premier est excellent. C’est l’enfance d’un artiste, l’histoire d’un gosse qui voit son père se suicider devant ses yeux, qui est quasi-abandonné par sa mère, se retrouve à l’internat durant de longues années, fait son apprentissage auprès d’un photographe, devient un maître du portrait, sollicité par toutes les mondaines, avant de changer de style et de s’orienter vers le nu, un nu étrange, des projections de superpositions de nus.

Ecriture cursive et suggestive, récit piqueté d’étrangetés, comme de petits cailloux qui disent les blessures anciennes, celles qui ne cicatrisent jamais ; une merveilleuse scène de vénerie, le père tuant un chevreuil qu’il éviscère devant son fils ; courtes digressions de bon aloi sur Daguerre, Goya, la Naissance de Vénus de Botticelli, ou un certain Sir Francis Galton, cousin de Darwin, qui, à la recherche de l’explication du crime, prit des centaines de photos de condamnés qu’il développa sur une même plaque pour s’apercevoir que le résultat était terriblement «  Monsieur-tout-le-monde ». Tout ça commence fort bien. Plus quelques portraits de femmes superficiels mais crédibles, un peu supplément papier glacé du Monde.

Le second relève plus du téléfilm policier. Cet artiste est accusé d’un crime. Un crime sans cadavre et sans victime identifiée. Un crime dont il a avoué être l’auteur avant de se taire. Cette seconde partie est le récit du procès, un président d’assises débonnaire et de bon sens, une avocate générale sexy, un beau portrait d’avocat. Le récit est tenu mais au fond assez artificiel.

Et c’est cette impression d’artificialité qui domine. Lecture plaisante, beaucoup de choses intelligentes, mais quel est le propos ? Et pourquoi ce titre ? Mystère….

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