Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

09/07/2017

Festival d'Avignon 2017- Saigon et Antigone

Saigon, Caroline Guiela Nguyen - Gymnase Aubanel

Bien sûr, cela dure un peu plus de trois heures. Entracte compris. Ce qui est assez peu à Avignon qui aime les prouesses et les endurants. Mais ce « Saignon » est une telle merveille d’intelligence de mise en scène, de sensibilité et de brio que l’on ne s’y ennuie pas une minute. On en sort bouleversé par ce que l’on vient de voir et d’entendre et comblé de retrouver un théâtre de si grande qualité porté au plus haut par une metteuse en scène de moins de 40 ans et une troupe épatante.

« Saigon » se présente comme une pièce sur les «Viet Kieu», les Vietnamiens qui, ayant acquis la nationalité française, ont quitté leur pays natal avec les derniers Français, « les vrais », en 1956, mais eux dans la soute quand les Français, commerçants, bourgeoises ou militaires, disposaient de cabines sur le pont supérieur. Les Viet Kieu, ce sont un peu nos harkis d’Indochine. Caroline Nguyen est une fille de Viet Kieu. Son propos n’est pas la colonisation, ou la domination française, c’est de s’approcher des gens au plus près, de nous parler de l’exil, des mondes qui s’effondrent et qui ne s’effondrent jamais tout à fait, des liens invisibles de l’histoire et de la géographie qui sont rarement des lignes droites.

Il n’y a dans sa pièce ni bons ni méchants mais une série de personnages très finement brossés, sans autre parti pris que de les aimer, des personnages tout sauf caricaturaux, des personnages d’une grande densité. Un soldat qui tombe amoureux d’une Vietnamienne et qui doit rentrer en France. Elle le supplie de l’amener avec lui. Il refuse puis cède. Un chanteur de karaoké qui chante de l’Adamo dans un restau de Saigon, condamné, lui, à fuir sans sa bienaimée. Une cuisinière vietnamienne sans nouvelle de son fils recruté de force pour aller servir la France en 39, et qui ne va plus le revoir. Une Viet Keu de France, veuve, et son fils métis sur lequel elle veille comme une mère juive. Une Française de Saigon abandonnée par son époux au moment de rentrer. Une Française de France, solitude vive, qui croit bien faire en proposant sa chambre à un exilé qui, offusqué, la refuse, avant d’y consentir.

La pièce mêle deux époques : 1956, le grand départ des retardataires (la plupart sont partis après Dien Bien Phu) et 1996 quand le régime vietnamien lève l’interdit qui pèse sur les Viet Kieu, enfin autorisés à retourner au pays plus de quarante ans après.

Le tout avec deux idées de génie.

La première est qu’à cette distorsion du temps répond une unité de lieu, ou du moins de décor. Un même restaurant, cuisine côté jardin, estrade de karaoké entre des guirlandes électriques qui tombent du plafond, côté cour, la salle au milieu, longue table, chaises en alu, murs céladon. Dès que le rideau se lève et que l’on voit ce décor, on sait que cela va être réussi. L’intelligence de ce décor c’est d’être en 1956, un restau de colons, propre et bien tenu, avec le privilège de la modernité, et en 1996, un restau du 12ème arrondissement de Paris, figé dans le temps des débuts comme tous les restaus d’exilés ou d’étrangers vivant à Paris, la mode de l’époque où l’on a monté son affaire, et maintenus tels quels dans leur jus, désormais un peu vintage, comme les tables en formica des restaus kabyles, africains ou turcs de Paris.

La seconde idée de génie, c’est la troupe qui mêle des comédiens français, d’autres qui ne le sont pas moins mais d’origine vietnamienne, les derniers des vrais vietnamiens. Des qui parlent français comme vous et moi, des qui le parlent avec un fort accent ou qui le bredouillent, les derniers qui parlent en vietnamien. Il y a quelquefois des surtitres, quelquefois il faut tendre un peu l’oreille pour deviner le baragouin, quelquefois rien n’est traduit et on se surprend à comprendre. C’est merveilleux.

On rit souvent, on est d’autres fois ému aux larmes, il y a des scènes d’une intensité bouleversante (le mariage à Paris de la Vietnamienne avec son soldat est une des plus belles choses que j’aie vue au théâtre depuis belle lurette, l’annonce à la cuisinière,17 ans après, du sort de son fils, le retour du chanteur de karaoké à Ho Chi Minh Ville en 96) et toute la troupe est phénoménale avec notamment deux actrices dont je serais bien en mal de vous donner le nom mais véritablement épatantes (Marie-Antoinette, la cuisinière, et la comédienne qui joue la bourgeoise de Saigon). Le texte enfin regorge de fines annotations à méditer qui, quelquefois, donnent le vertige. Tels les propos de la fin de la pièce quand une voix off rappelle les événements de l'année 96. Saisissant d'humanité. 

« Saigon » doit être joué à Paris au théâtre de l’Odeon en janvier, février 2018. Réservez vite.

Antigone, Sathoshi Miyagi- Cour d’honneur du Palais des Papes

Une Antigone de Sophocle en japonais sur-titré, pour sûr cela doit faire un peu intello. Mais Sathosi Miyagi, avait mis en scène il y a 2 ou 3 ans un Mahabharata à la Carrière de Boulbon de très grande beauté. Son Antigone fonctionne un peu moins bien.

Le plateau de la cour d’honneur transformé en lac japonais avec rochers et reflets sur le mur, sur lequel paraissent glisser des personnages somptueusement vêtus de blanc, enveloppés de voiles, tenant de petites bougies dans leurs mains, est une merveille de chorégraphie. Le parti pris du metteur en scène de dédoubler tous les personnages, les uns à genoux dans l’eau étant leur voix, les autres leurs mimes, avec quelquefois la reprise des discours des récitants par un chœur comme chanté, donne au tout une allure d’opéra. La musique, très présente avec une demi-douzaine de percussionnistes, est fort belle. Le début et la fin de grande beauté, un peu irréelle, un monde fantomatique d’ombres blanches.

Mais à avoir tant sacrifié au visuel, au léché, Miyagi a peut-être oublié Antigone.

Son Antigone, d’ailleurs, juchée sur un rocher, au visage de poupée de cire est plus émouvante que révoltée. Et même dans son sacrifice, un peu pleurnicheuse, un peu gnan gnan. J’ai songé un instant à Bernadette Soubirou…

Question théâtre, en dépit de l’intention de livrer une version bouddhiste, c’est-à-dire apaisée et équanime, d'une tragédie (!), sont à retenir les deux merveilleux récitants qui font les voix de Créon, le roi de Thèbes qui interdit l’inhumation de Polynice qui a trahi et celle de Hémon, le fils du Roi amoureux d’Antigone. Et l’avant-propos burlesque, et en français s’ils vous plait, qui résume l’intrigue et présente les personnages de manière drolatique, avec des accents de théâtre populaire, de théâtre de troupe qui installe ses tréteaux dans les villages et tente d’inventer son public, comme cela se voit encore en Inde ou en Asie du Sud-Est. Autre belle idée : la distribution par un piroguier, qui traverse la scène sur une barque à fond plat en fendant lentement les eaux de sa longue perche, de perruques blanches aux comédiens avant que le spectacle ne commence, comme on le faisait il y a deux mille ans à Epidaure en dotant de masques nos tragédiens grecs.

Mais si une pièce réussie est celle dans laquelle les intentions du metteur en scène fonctionnent, celle-ci ne l’est pas.

Miyagi a annoncé publiquement qu’il tenait beaucoup au théâtre d’ombres à l’indonésienne, motif de mise en scène qui l’a conduit à faire projeter sur le mur les ombres des personnages. Le projet est réalisé mais on est loin de l’intention : les ombres sont le plus souvent massives, indistinctes, sans jeu ni finesse. Après les éblouissantes projections d’Ivo Van Hove des « Damnés » de l’an passé, on reste sur sa faim.

Quant au fond, bouddhisme aidant, Miyagi a dit souhaiter faire d’ «Antigone » un hymne pacifié à un monde sans bons ni méchants. Ce faisant, son « Antigone » est privée d’intensité et le débat philosophique entre raison d’Etat et morale personnelle est escamoté. Reste pour l’essentiel un propos sur le bon gouvernement.

On avait Sophocle, une mythologie, deux mille cinq cents ans de représentations à travers l’histoire et on retrouve, entre mise en scène-papier-glacé et images travaillées, l'aimable discours d’un Emmanuel Macron en campagne....

01/05/2017

"La Société du mystère" Dominique Fernandez,Grasset

Dominique Fernandez chez les maniéristes. Les peintres. Une plongée savoureuse, colorée – évidemment-, érudite mais sans pédantisme dans la Florence du XVIème siècle.

Celle où tout en art paraissait avoir été accompli. « Nous sommes arrivés trop tard, dit un des personnages. Nos aînés ont tout inventé, tout pris ! Perugino a pris le sentiment, Fra Angelico les Anges, Titien le coloris, Raphaël la forme, Michel-Ange l’expression, Corrège la grâce, Léonard le mystère ». Reste les autres, ceux que Vasari dans ses « Vies des Peintres » va nommer « maniéristes » parce qu’ils seraient dans la manière de Michel-Ange, dans son sillon. « Manière », le nom va rester et donner « maniériste », pas si loin de « maniérés ».

« Maniérés » ? Dominique Fernandez enrage et se venge de cette bascule péjorative de l’histoire de l’art en mettant en scène ces peintres moins glorieux, condamnés à la décadence, à ce qui reste après la perfection. Andrea del Sarto, Rosso Fiorentino, Jacopo Pontormo, Bronzino et Alessandro Allori, à quoi il ajoute le sculpteur Benvenuto Cellini.

La vie d’atelier, le rapport des artistes au pouvoir ou à l’ordre moral que font régner alors l’épouse espagnole de Cosme Ier de Toscane, un Médicis autocrate mais protecteur des arts, ou l’Inquisition (« Une institution typiquement espagnole, aussi étrangère que possible au tempérament italien ») en une époque qui va du sac de Rome par les troupes de Charles Quint (1527) aux premières années du siècle suivant en passant par le Concile de Trente (1545) et les funérailles de Michel-Ange à 88 ans (1564). Funérailles que Rome et Florence se disputent (et ce sera Florence) ; puis les dominicains et les franciscains et ce sera à San Lorenzo, le mausolée des Médicis, en présence de l’envoyé du Sultan de Constantinople, les quatre grands artistes toscans du temps étant appelés à décorer le catafalque parmi lesquels Vasari, Cellini et Bronzino.

Avec un art consommé du récit, un style ample, une narration gorgée de vie, d’anecdotes et de drôleries, Dominique Fernandez nous régale. Qui aime la peinture, l’histoire, Florence et la littérature ne peut pas passer à côté de ce livre. On le dévore, non loin d’Internet pour avoir les œuvres sous les yeux quand l’auteur nous en raconte la commande, les secrets ou les vicissitudes d’exécution, l’accueil par les commanditaires ou par le public. Les fesses rebondies du Percée de Benvenuto Cellini qui valent au sculpteur d’être condamné par l’Inquisition tandis que la foule, conquise, vient jeter des bouquets de fleurs sur le corps du délit sont un des épisodes piquants de cette « Société du mystère ».

« Société du mystère » ? Eh oui….parce que tout à sa vengeance contre l’ingrate imbécilité de l’histoire à l’égard des « maniéristes », dont Vasari, le vaniteux, a donné le là, Dominique Fernandez ne nous épargne rien de la sexualité de ces « maniérés » qui ne l’étaient guère ni de la sève que chacun y puisait au service de son art, si l’on ose écrire…. . « Jacopo [Pontormo] m’a-t-il violé, à quatorze ou quinze ans comme beaucoup de ses confrères le faisaient pour le bien de ceux-ci, selon une coutume réprouvée par les prudes et sévèrement condamnée par les lois mais répandue dans les ateliers ? je ne saurais ni l’affirmer ni le nier » fait-il écrire dès les premières pages à Bronzino, assistant, apprenti, fils adoptif -et tant d’autres choses donc- de Pontormo, Bronzino dont Fernandez imagine un livre de mémoires qu’il aurait exhumé par hasard dans une boutique d’ouvrages anciens des bords de l’Arno.

La vieillesse d’un écrivain l’affranchit des pesanteurs et des conventions. Et Dieu sait que, même jeune à une époque où l’homosexualité était encore un tabou, Dominique Fernandez ne répugnait pas avec courage et panache à les bousculer.

Il s’en donne ici à cœur joie ! Quelques fois à l’excès en certaines pages. Mais peu importe, au travers de ces portraits d’artiste, Pontormo misanthrope et atrabilaire, qui se fait passer pour fou et erre comme un vagabond dans les rue de Florence, Benvenuto Cellini et son arrogante liberté, Bronzino plus conformiste, courtisan et peintre officiel (« cette perfection glacée qui brûle comme la glace d’un lac gelé », « cette  manière privée d’émotion »), Fernandez part à nouveau à l’abordage d’un de ses thèmes favoris, déjà amplement traité dans « Dans la main de l’Ange » (Pasolini), « Le Tribunal d’honneur » (Tchaïkovski) ou « La Course à l’abime » (Caravage) : le rapport entre homosexualité et art.

Les pages les plus brillantes de ce livre sur ce qui dans l’oeuvre de ces artistes révèle leur homosexualité ou au contraire la dissimule, comme un code caché, un envers de l’œuvre, accessible aux seuls « initiés », illustrent la conviction maintes fois exprimée par l’auteur : en cette matière, les interdits font l’œuvre,  « les subterfuges, échappatoires, faux-fuyants, masques, ruses, toute ce qui constitue l’essence même de l’art et lui donne sa tension ». «  L’Index vous sauvera » faut-il dire drôlement à un prélat qui aime les artistes. Dominique Fernandez n’aime guère les effusions du temps et on l’imagine ne pas affectionner plus qu’il ne faut les parades gays du Marais.

C’est un des mystères de cet homme, qui s’est pourtant un des premiers publiquement dévoilé quand il y fallait du courage, que de préférer encore la clandestinité qu’il n’a eu pourtant de cesse de dénoncer. Comme si dans l’oppression, il fallait certes bannir l’oppresseur mais conserver, par fidélité aux origines et authenticité ontologique, tout ce qui fait la densité de l’opprimé. L’expérience intransmissible des hontes, des culpabilités, des plaisirs sans confidences possibles. Le goût de l'ombre et l'illusion du péché.

22/01/2017

"La vie des autres" Neel Mukherjee, Ed Piranha, trad. Simone Manceau

Ici, c’est l’Inde, Calcutta, Bengale. Années 60 et 70 avec épilogue en 2012. « La vie des autres », c’est d’abord un roman qui nous transporte loin.

Dans la famille Ghosh, famille à l’indienne, c’est-à-dire élargie, trois générations vivant sous le même toit. Le patriarche qui a réussi dans la papeterie, trois fils et leurs épouses, une fille qu’on n’arrive pas à marier, une belle-fille veuve que l’on isole au rez-de-chaussée car elle n’est pas de la même caste, et les enfants de tous ces couples, dont un génie de la théorie des nombres qui est comme une lumière dans la nuit.

Ecrit par un jeune auteur Indien, dont le premier livre («Le passé continu ») avait été salué par la critique anglophone, ce roman est tout sauf exotique. Mais les annotations sociales et psychologiques sont telles qu’on y apprend beaucoup sur l’Inde.

Le corset des traditions, la distinction et la concurrence des castes, le poids de la famille, les mariages arrangés, le sort des femmes, les rapports avec les employés et autres domestiques (Madan, le majordome de la famille sur trois générations qui a fait sauter enfants et petits-enfants sur les genoux avant de se trouver soudain accusé d'un vol de bijoux, en est un personnage central), le portrait d’une société d’inégalité et d’apparence où le regard des autres sur soi, celui de la famille, des voisins, du quartier, des collègues, est un reflet dans lequel on s’enkyste.

Tout n’y est que statut social. A un point tel, au moins au Bengale, qu’on ne désigne jamais un membre de la famille par son prénom seul, on y ajoute toujours un suffixe qui rappelle sa place dans la fratrie ( l’ainé, le cadet, le benjamin, un dernier suffixe désignant tous les autres, les frères ou sœurs qui se trouvent dans le creux, entre le cadet et le benjamin…), l’aînée des belles-filles a elle aussi son suffixe ( c’est « Jaa ») et se voit reconnaître d’importantes prérogatives : elle est une manière de bras droit de la belle-mère, la tenue de la maison lui incombe, et les relations avec le personnel et la préparation du temple domestique, un vrai premier ministre type Vème République, sous l’autorité de la matrone.

Le curieux, c’est que cette immersion dans une maisonnée du golfe du Bengale sur trois générations nous rappelle bien des choses familières, les états d’âme, les sentiments, les peurs, les fantasmes, les positions qui se disloquent, les héritages que l’on dissipe, le passé auquel on se raccroche en sachant que c’est fini, les ravages de la drogue, les vices secrets, les combats intimes, les révoltes.

La révolte ici est portée par un des petits-fils qui, scandalisé par l’indifférence familiale à « la vie des autres », s’enfuit sans prévenir dans les années 70 rejoindre la rébellion « naxalite », des combattants maoïstes qui tentent d’organiser les paysans sans terre, pressurés par les propriétaires ou les usuriers, en vue de provoquer une révolution agraire. Le « Petit livre rouge » sous le bras, ces militants de 18, 20 ans s’immergent dans les campagnes, travaillent dur pour convaincre les pauvres hères qui crient famine de se révolter, doivent être longtemps les témoins impassibles de scènes effroyables de dureté et de violence avant de passer à l’action, troquant alors leurs idéaux pour la barbarie (tueries, attentats, etc.).

Le génie de l’auteur consiste à entrecroiser ces deux récits, celui du chaudron familial avec ses jalousies, ses frustrations, ses désespérances, un archaïsme qui se délite tout en résistant, et celui de la lutte maoïste entre honneur et déshonneur, qui résiste en se délitant, celle-ci nous étant racontée au travers de lettres de Supratik à une destinataire dont nous ne connaitrons l’identité qu’à la fin. Cette « Vie des autres », c’est « Anna Karenine » et « Les Raisins de la colère » tricotés ensemble.

Un art du récit envoûtant, une très belle écriture, un ton sans commisération mais plein d’empathie, y compris pour les faiblesses humaines, des scènes d’une vérité psychologique inouïe, font de ce roman un livre immense. Qui nous hante longtemps, comme si ces personnages étaient nos voisins le temps de la lecture. Et cette mondialisation-là est une vraie leçon de choses pour nos lettres françaises si étriquées et nombrilistes.

Il est toujours difficile de juger d’une traduction. Celle-ci se fait oublier tant elle est merveilleuse d’élégance et de naturel.