Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

08/11/2014

"Dora Bruder", Patrick Modiano, Folio

Il faut avoir lu un Modiano, comme désormais chacun sait…J’ai aimé par dessus tout son avant-dernier« L’herbe des nuits », chroniqué ici-même. Le Nobel qui vient de lui être attribué un peu à la surprise générale a suscité bien des rétrospectives de cette œuvre qui ne l’est pas moins (rétrospective), enfouie entre mémoire et oubli, qui exhume des personnages comme des ombres et des souvenirs inachevés, dans une prose limpide aux opacités de brouillard, au style tout de vibrations immobiles et en points de suspension. Deux ou trois personnages médiatiques qui n’ont jamais été ministre de la culture ont indiqué à cette occasion que « Dora Bruder », paru en 1997, était son meilleur.  Aussitôt acheté, aussitôt lu.

Ce livre est sans doute littérairement le moins bon de Modiano mais c’est un des plus poignants. Le narrateur tombe sur une annonce parue dans Paris Soir le 31 décembre 1941, en forme d’avis de recherche où deux parents M. et Mme Bruder donnent un signalement de leur fille Dora, 15 ans, récemment disparue. Et le narrateur part en quête comme le font les généalogistes, accède aux registres d’état civil muni d’une dérogation du procureur de la République et parvient à reconstituer l’histoire de cette famille juive, le père Ernest, juif de Vienne, engagé dans la Légion étrangère, mutilé de guerre qui se retrouve à 25 ans « sur le pavé de Paris » où il épouse Cécile de 9 ans sa cadette, elle-même exilée de Hongrie. On vit dans de petits hôtels, lui manœuvre, elle couturière, et on se saigne pour inscrire la petite Dora en mai 40 dans une institution catholique, rue de Picpus dans le 12ème arrondissement de Paris. A l’époque, la France ayant encore un  ennemi on interne dans des camps les ressortissants allemands et, depuis l’Anschluss, les Autrichiens («  On vous classe dans des catégories bizarres dont vous n’avez jamais entendu parler et qui ne correspondent pas à ce que vous êtes réellement. On vous convoque. On vous interne. Vous aimeriez comprendre pourquoi »). Est-ce pour la protéger que les parents placent leur fille à l’Oeuvre du Saint-Cœur-de-Marie ? Nul ne le sait.

Le 2 octobre 40 paraît l’ordonnance de Vichy prescrivant le recensement des juifs. Le père se présente au commissariat mais tait l’existence de sa fille ( « Ernest avait le numéro de dossier juif 49091 […] Au fond qu’est-ce qu’ils entendaient exactement par le mot « juif » ? Pour lui, il ne s’est même pas posé la question. Il avait l’habitude que l’administration le classe dans différentes catégories, et il l’acceptait sans discuter »). Mais voilà que Dora fugue le 14 décembre 41. C’est pure folie ! 700 juifs français ont été raflés deux jours auparavant, une amende collective d’un milliard de francs vient d’être infligée aux juifs, assignation des juifs à résidence qui ne peuvent plus sortir du département, couvre-feu presque partout à 18 heures dans la capitale en représailles à des attentats. Et le temps avec ça : « l’hiver 41-42 fut le plus ténébreux et le plus dur hiver de l’Occupation », neige, -15, verglas partout.  Angoisse du père qui, n’ayant pas fait recenser sa fille, hésite durant 15 jours à signaler sa fugue au commissariat.

Dora sera retrouvée le 17 avril 42, restituée à sa mère mais son père est déjà à Drancy. Elle fugue encore sans porter l’étoile jaune, obligatoire depuis le 7 juin.  Arrêtée à nouveau, internée au camp des Tourelles, où l’on interne les juifs étrangers en situation irrégulière, elle sera transférée à Drancy le 13 août 42 où elle retrouvera son père. Déportée à Auschwitz avec lui le 11 septembre 42. Sa mère suivra le 11 février 43.

Modiano explore des plans de Paris pour suivre, reconstituer ou imaginer le parcours de Dora quarante ans plus tard, étudie des archives, lit des procès-verbaux d’interpellation, des rapports de police, s’interroge sur leurs auteurs, sont-ils encore vivants ? Il se souvient de son père, juif avisé compromis dans le marché noir, qui sera arrêté peut-être en même temps que Dora, transféré au commissariat peut –être dans le même fourgon qu’elle, mais parviendra à fuir. Il évoque sa propre fugue à lui dans les années 60 ( « l’ivresse de trancher, d’un seul coup, tous les liens »), une interpellation lors d’une violente querelle de famille où son père le dénonce à la police avant de lui dérober ses papiers militaires pour le faire « incorporer de force à la caserne de Reuilly ».

En dépit de la pudeur avec lesquelles l’auteur les évoque, ces annotations biographiques me paraissent déplacées en pareil livre. Et une fois refermé, ne restent de ce récit que les documents d’époque, cités parfois longuement, les rapports de police, les lettres des internés de Drancy à leurs familles et plus encore les courriers confiants et cérémonieux que des gens affligés adressent à l’administration  pour  demander poliment ce que sont devenus leurs proches.

Ce livre pourrait paraître, aujourd’hui, relever du ressassement d’une histoire que l’on croît connaître par cœur. Mais lire, côte-à-côte ces procès-verbaux froids, ces rapports « de routine » au regard des correspondances des intéressés, d’une sobriété et d’une dignité absolue, est proprement bouleversant.

Alors, c’est certain «  Dora Bruder » relève davantage du mémorial à la Serge Klarsfeld que du style Modiano, lequel s’est d’ailleurs interrogé ensuite de la parution du Mémorial de la déportation des enfants juifs de France sur la possibilité d’écrire encore des romans sur cette période. Ce livre est sans doute le résultat hybride de cette interrogation, un livre de compromis, ce qui n’est jamais très bon pour la littérature. Ici, nul doute, nul inachèvement, on connaît la fin de l’histoire. Ce livre est comme l’acte de repentance de Modiano pour le reste de son œuvre sur les années 40 qui bannit généralement le jugement, croise les parcours en s’abstenant de tracer des lignes rouges, effiloche les souvenirs, ne blâme ni l’oubli ni les refuges, suggère des résiliences incertaines et tremblées, qui nous dit qu’une époque n’est ni de bons ni de méchants mais une atmosphère. Impression étrange que cette « Dora Bruder » confesse des remords.

« J’ignorerai toujours à quoi elle passait ses journées, où elle se cachait, en compagnie de qui elle se trouvait pendant les mois d’hiver de sa première fugue […] C’est là son secret. Un pauvre et précieux secret que les bourreaux, les ordonnances, les autorités dites d’occupation, le Dépôt, les casernes, les camps, l’Histoire, le temps- tout ce qui vous souille et vous détruit- n’auront pas pu lui voler ».  

Sûr ! Les lecteurs de Zemmour devraient lire  ce livre d’urgence…

 

 

 

 

01/11/2014

"Je suis fou de toi", Dominique Bona, Grasset

C’est sûr, j’aurais préféré évoquer un bon polar trash qui se serait vendu à plus de 100 000 exemplaires, objet de polémiques médiatiques auxquelles Zemmour aurait été mêlé, genre « Le commissaire Moujoud et la broche à kebab ». Les connexions à mon blog auraient explosé, j’aurais été heureux. Mais « Je suis fou de toi » est un joli livre assez confidentiel qui raconte les dernières amours de Paul Valéry avec une femme de trente ans plus jeune que lui.

Nous sommes en 38, Paul Valéry est déjà un monument. Le jeune poète mallarméen est devenu un homme de lettres solennel. Académie Française, Collège de France. Homme d’esprit à la surface d’un siècle d’engagement, il ne reste aujourd’hui de lui que quelques vers du « Cimetière marin » et pour les bibliophiles obsessionnels ses «  Variétés », vrac d’écrits vieillis, que l’on range sans s’y distraire trop entre Romain Rolland et Anatole France.

Elle, c’est Jeanne Voilier – quel nom !-, née de père inconnu et d’une mère saltimbanque, libre, ambitieuse, affranchie, avocate à 23 ans chez Maître Maurice Garçon puis éditrice, s’aimantant aux esprits les plus brillants, mais non les plus progressistes, de son temps, et leur offrant ses charmes et son intelligence.

Que va donc faire ce pauvre Valéry, mari auguste et bon père de famille,  « petit homme fragile et décharné », « épaules voûté, l’air fatigué, l’air usé déjà » - il a soixante six ans- près de cette vénéneuse ? Il va s’y rajeunir en la vénérant, retrouver le goût de la poésie (« La jubilation d’aimer entraîne la jubilation d’écrire »), lui envoyer des poèmes coquins (« ma petite connette chérie »), se confier dans ses cahiers, jusqu’à s’y perdre. « Un grand brûlé de l’amour », « Renaissance », « Les dimanches de la volupté », « Bonheurs dans le crépuscule », « Prométhée enchaîné », les chapitres scandent cette histoire d’un amour à moitié partagé, belle et pitoyable comme toutes les histoires d’amour sur lesquelles on se retourne, étonnante d’abandon de soi et de folle audace, bloc de volupté et de déprime. Rassurante pour tous quand on la sait celle d’un pur esprit, si «  français du siècle », aussi apparemment éloigné de la chair, aussi socialement prudent, aussi intellectuellement abstrait. Valéry, non point gaulois ou égrillard, mais « pris » !

Cette relation va durer plus de cinq ans, cinq ans durant lesquels Valéry doute et s’aveugle, jouit et souffre, aime bordel ! à s’en rendre fou. Cinq ans durant lesquels Jeanne se donne avec sincérité mais plus ou moins de parcimonie tout en entretenant une relation avec Jean Giraudoux ( « aux caprices sexuels démesurés »), lequel lui promet le mariage comme tant d’hommes à leur maîtresse mais refuse de divorcer comme tant d’hommes pour leur maîtresse, Yvonne Dornès, franc-maçonne de choc, co-fondatrice du club d’élite « Le Siècle » puis de la Cinémathèque française aux côtés d’Henri Langlois, belle amie du type « lesbienne agressive », puis Robert Denoël, l’éditeur d’Aragon et d’Elsa Triolet mais aussi des « Décombres »  de Rebatet et de « Bagatelles pour un massacre » de Céline, outre les « Discours d’Adolph Hitler », et qui finira assassiné à la Libération alors qu'il devait comparaître devant les tribunaux de l'épuration, prêt à révéler la conduite des autres éditeurs durant l’Occupation. Jeanne, pour une fois résolue à ne pas toujours dissimuler, annonce à Paul Valéry, un 1Er avril 1945( !) qu’elle entend se marier avec Denoël. Pour lui, c’est le coup de grâce : « Un jour si beau/ Le malheur vint/ D’entre tes lèvres ». Il meurt le 20 juillet suivant. Pour elle, c’est le jackpot ! Elle devient propriétaire des éditions Denoël en remplissant de son nom des documents laissés en blanc par le défunt, au détriment de la veuve officielle et de son fils. Procès qu’elle gagnera, mais pas les faveurs de Céline qui la traite depuis ses geôles danoises d’ « héritière mystificatrice »,  d’ « héritière effrénée », de « butin du coquin ».  Mais Jeanne Voilier parviendra aussi à faire blanchir la maison Denoël des accusions de trahison et de collaboration avec l’ennemi, ce qui n’est pas la moindre de ses prouesses et un beau geste de fidélité. Elle sera moins généreuse à l’égard de Paul Valéry : elle vend en 1980 trois de ses manuscrits puis, n’y tenant plus, deux ans plus tard, les mille lettres de son amant transi, jetant aux enchères publiques une intimité dont la famille de l’auteur ignorait tout. Elle confiera à propos du produit de ces ventes, avec une méprisable impudence «  C’est comme s’il me rendait aujourd’hui ce qu’il n’a pas pu m’offrir autrefois ».

Pour qui s’intéresse au monde des lettres de l’entre-deux-guerres et de l’Occupation, et aux affres mystérieuses de l’amour, ce livre à l’écriture sensible et élégante, au ton tenu et rosse comme conversation de salon, offrira de grandes satisfactions. Dominique Bona est une femme de lettres discrète, biographe de grandes amoureuses (Berthe Morisot, Clara Malraux, Gala, Camille Claudel) qui vient d’être reçue à l’Académie Française ces jours derniers. Elle nous restitue ici un homme dans la vérité d’une passion tardive, grandiose et mélancolique. Ce livre est le plus bel hommage qui soit au sentiment amoureux. La dispersion des lettres intimes de Valéry par Jeanne Voilier, qui avait pris son monde à revers, était une profanation. La voilà réparée.

« Ce toit tranquille, où marchent les colombes, / Entre les pins palpitent, entre les tombes/ Midi le juste y compose des feux/ La mer, la mer, toujours recommencée !/ O récompense après une pensée/ Qu’un long regard sur le calme des dieux !»

 

 

27/10/2014

"Viva", Patrick Deville, Seuil

Patrick Deville (« Kampuchea », « Peste & Choléra ») a un problème avec la forme romanesque. Qui n’en a pas depuis les années 50 ? Mais, lui, le résout en nous offrant des romans en mille morceaux, façon puzzle. En miroirs brisés d’un lieu, généralement éloigné, et d’une époque, fréquemment du siècle précédent. En outre, ses romans sont rarement des fictions, car il y préfère les pérégrinations de personnages réels. Et un ne lui suffit pas ; alors il en évoque plusieurs. Deville aime par-dessus tout les coïncidences, les concomitances, les parcours croisés, les télescopages. Il aurait été un bon flic.

 « Viva » c’est le Mexique de la fin des années 30 où Trotsky, qui a alors cinquante sept ans, vient se réfugier. Trotsky fut le chef d’une des armées les plus considérables du monde, « a brisé en deux l’Histoire » et le voilà proscrit, exilé, poursuivi par les hommes de mains de Staline. Le président mexicain, Lazaro Cardenas,  convaincu par le peintre muraliste Diego Rivera de lui offrir l’asile, lui envoie son train personnel pour le récupérer dans le port de Tampico. Frida Kahlo l‘accompagne jusqu’à Mexico. Trotsky est aussitôt séduit par Frida et un brin jaloux de Diego. Il est vrai que l’on vit là en bande mais ouverte aux vents de l’Histoire, sans peur des courants d’air. Tous les exilés « choisissent le Mexique en révolution depuis des années, un pays où de larges territoires échappent au contrôle de l’Etat, un pays d’émigrants et de déracinés, le pays de la solitude aussi, un pays où l’on considère toujours aujourd’hui comme un manque de tact de demander à quelqu’un ses occupations, ses origines ou ses projets ». On y accueille, à la fin de la guerre d’Espagne "les anars du Poum et les staliniens des tchekas qui les exterminaient". On y a croisé précédemment, fuyant la Première guerre, Ret Marut, l’anarchiste allemand disparu de Munich sans laisser de traces, réapparu au Mexique sous le nom de Traven, compagnon de route du révolutionnaire nicaraguayen Sandino et des Indiens du Chiappas, ou encore Fabian Lloyd, anarchiste lui aussi, neveu d’Oscar Wilde, poète et boxeur, ce qui, on en conviendra, esquisse un assez joli portait.

Antonin Artaud vient y faire un tour : « On aimerait avoir le témoignage des Indiens tarahumaras qui virent arriver ce squelette halluciné en pantalon de flanelle, suant et tremblant, à la recherche de peyotl » 

Et  l’inénarrable Malcom Lowry, fils à papa attiré par le grand large dès lors que la rente familiale y pourvoie. Qui s’embarque sur un cargo vers Singapour, revient à Londres, va draguer à Paris avant de se fixer au Mexique « parce que les alcools y sont moins chers ». Il mettra vingt ans à écrire «  Au-dessous du  volcan. «  Il n’écrit pas le volcan mais l’impossibilité d’écrire le volcan ». Six versions n’y suffiront pas : « A vingt neuf ans, c’est un incapable majeur au bord de la démence ». L’histoire du « Volcan », commencé en 1927, dont une première version sera adressée à un éditeur en 40, avant d’être publié sept ans plus tard, de cette obsession et de l’incapacité à écrire ce qui deviendra pourtant un chef d’œuvre, de ce sur-place de la création, est une des plus fortes de « Viva ».

Car pour le reste, le lecteur peine un peu à se retrouver dans ce fatras d’anecdotes, ce mikado de portraits croisés, mais un mikado sans suspens, adresse ni émotion, qui s’effeuille sans jamais nous réjouir tant le propos d’ensemble paraît manquer.

A moins que ce livre ne soit ce qu’il s’attache à dissimuler : un tendre hommage à Trotsky qui est son seul fil conducteur, au moins en creux. « Il est un héros de l’Antiquité, un homme de Plutarque », mais aussi, nous dit-on sous le haut patronage de  Walter Benjamin, Bertold Brecht ou François Mauriac, « le plus grand écrivain de son temps » pour avoir écrit « Ma Vie », paru en 32.

Trotsky, chef de bande à Mexico. Trotsky que l’on vient visiter depuis l’Europe, comme le fera ce pauvre André Breton, pape à Paris et petit garçon intimidé face au « maître » à Mexico dans les pages qui sont les plus réjouissantes du livre. Breton qui chaparde des ex-voto dans une église, avant d’être utilisé par le Russe qui profite de sa présence pour le mettre au travail et lui commander une « grande déclaration artistique », qui deviendra, non sans corrections, le « manifeste du surréalisme ». Breton qui, une fois parti, s’excuse penaud par courrier adressé au maître d’avoir été aussi maladroit et aussi peu brillant mais qui, n’en loupant pas une, après avoir promis à Frida Kahlo d’organiser une exposition de ses œuvres à Paris, accroche les ex-voto volés à côté des toiles de l’artiste. Et Frida, à Paris, face aux surréalistes, ne s’en laisse pas compter. Voilà ce qu’elle écrit à Diego : « De la merde, rien que de la merde, voilà ce qu’ils sont. Je ne vous ai jamais vus gaspiller votre temps en commérages idiots et en discussions « intellectuelles », voilà pourquoi vous êtres des hommes, des vrais par des artistes à la noix. Bordel ! Ca valait le coup de venir rien que pour voir pourquoi l’Europe est en train de pourrir sur pied et pourquoi ces gens – ces bons à rien- sont la cause de tous les Hitler et Mussolini ». Si c’est pas envoyé !

Oui, Trotsky, plus fort. Plus fort que les stals, les surréalistes, les écrivains ou les artistes de son siècle. Trotsky droit là ou les autres sont tordus. Trotsky, plus courageux, après le premier attentat qui le vise en mai 40, que Diego Ribera qui, « pris de panique » s’enfuit pour San Francisco, moins indigne que Pablo Neruda, le « poète stalinien » (sic) qui aurait aidé le commanditaire de l’assassinat à fuir au Chili.

Alors, soit ! Si vous aimez Trotsky, vous aimerez ce livre. Et en lisant Deville , vous vous souviendrez peut-être avec attendrissement de vos anciens copains de fac qui communiaient à son souvenir, fragiles mais péremptoires, à l’intelligence intègre mais fourvoyée, se choisissant des pseudos comme d’autres une lignée, courageux de tempérament mais au caractère oblique et se vengeant par anathèmes de la proscription de leur héros. « Viva », à cet égard,  est un peu à leur image. Un assez mauvais livre non dépourvu d’intérêt.

"Viva", Patrick Deville