Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

27/10/2013

"Le Quatrième mur" de Sorj Chalandon, Grasset

On aimerait aimer ce livre. Parce que Sorj Chalandon a écrit « Le retour à Killybegs » qui était un immense livre. Sur le combat des séparatistes irlandais, les convictions qui se forgent, le fortuit et la trahison. Une méditation puissante et sensible sur l’engagement, ses tourments et ses revers.

Par fidélité à Samuel, leader de la Gauche Prolétarienne des années 70, théâtreux grec, réfugié politique et juif, mao et pacifiste, auprès duquel il a fait ses premières armes, Georges, le narrateur, lui-même metteur en scène, va monter l’ « Antigone » d’Anouilh dans Beyrouth en guerre, en choisissant les acteurs dans chaque communauté. Il y a là Créon, le maronite Charbel : «Il était comme le murmurait sa photo. Grand, dur et inquiétant, mais son regard était d’enfance» ; Imane sera Antigone : «Je m’appelle Imane, je suis palestinienne. Je vais jouer le rôle d’Antigone, celle qui dit non. Qui veut que son frère soit enterré dans sa terre et non laissé aux chiens » ; un Druze, le fils du chauffeur qui pilote Georges dans tout Beyrouth après l’avoir doté d’autant de laisser-passer qu’il y a de communautés ;  Ismène l’Arménienne ; trois jeunes chiites pour jouer les gardes, après que leur père, cheikh du Hezbollah, se fut laissé convaincre : «  Mes fils m’ont dit que leur rôle de gardes serait d’entourer leur chef, de le protéger comme un père et de faire respecter son autorité. Ils m’ont expliqué qu’une jeune femme le défiait. Qu’à travers lui, elle narguait la loi divine et que ce calife bien guidé mettrait un terme à cette arrogance ». Il y a leur veille mère aussi, appelée à jouer Eurydice mais qui est à deux doigts de se récuser quand elle comprend qu’à la fin la mère se suicide : « Elle disait que jouer, c’était devenir cette femme. C’était tromper les autres en prenant une apparence qui n’était pas la sienne. C’était insulter Dieu ».

Tout cela n’est pas mal trouvé, d’autant que Chalandon nous rappelle que la première d’Antigone d’Anouilh, créée dans le Paris occupé de février 44, avait été suspendue à trois ou quatre reprises pour cause d’alertes. Dans  «Le Quatrième mur », ce sont les répétions, toujours entre paix et guerre, dialogues entre personnages et tensions entre comédiens, qui sont interrompues, mais par de violents bombardements  sur le cinéma déjà dévasté qui avait été choisi comme lieu de représentation. Nous sommes en 1982 et c’est l’invasion israélienne du Sud Liban, l’opération « Paix en Galilée » ( «Les chiites avaient accueilli les Israéliens avec du pain, et jeté du riz sur leurs chars. Parce que tous les deux avaient la Palestine pour ennemie»), puis les massacres de Sabra et Chatila, où vit notre Antigone (« Au dessus de Sabra et Chatila,  la nuit faisait jour […] Les Israéliens éclairent le camp. Ils cherchent quelque chose » ;  sous ces lueurs complices, les phalangistes chrétiens massacrent les Palestiniens à la khalach et à l’arme blanche (« Personne ne sait ce qu’est un massacre. On ne raconte que le sang des morts, jamais le rire des assassins »). La complexité gagne mais le réel triomphe : la troupe se débande, le projet se fracasse, le metteur en scène, notre narrateur, est blessé, tout est dévasté.

Certaines tragédies s’accommodent mal du romanesque. La guerre du Liban et Sabra et Chatila en font partie. Personnages stéréotypés, récit dépourvu de point de vue, invraisemblances et ridicules (le petit pochon de sable de Jaffa que Samuel avait confié au narrateur pour qu’il le remette à Imane, la Palestinienne, et qui sera versé sur son corps profané, ou encore la scène de vengeance finale) affaiblissent beaucoup le récit. Après Jean Genet et son Sabra et Chatila ou, dans un registre idéologiquement très différent, « La Confession négative » de Richard Millet, deux diamants noirs d’engagement halluciné servis par un style souverain, « Le Quatrième mur » a des allures de pleurnicherie de préau.

Parce que s’y mêle, en outre, une rétrospection sans doute sincère mais terriblement égotiste du narrateur sur ses violences de jeunesse ( les cassages de gueule de fachos du quartier Latin), les leçons de paix de Samuel le mourant (ne pas dire « CRS SS », ne pas peindre un drapeau palestinien sur le mur d’une salle de réunion où des juifs de France soutiennent Tsahal au lendemain d’un attentat pro-palestinien ayant tué neuf enfants Israéliens), ses nervosités conjugales ou ses mauvais gestes à l’égard de sa fille, une fois revenu de l’enfer, qui épuise et débilite le propos ( « La violence est une faiblesse », m’avait dit Sam », ose-t-il écrire). Et se retourne au final contre le livre qui échoue à tisser ensemble faits historiques et cette confession de soi à quoi ils ne sauraient se réduire.

Bien sûr, il y a quelques pépites, on apprend bien des choses sur le conflit libanais (ainsi les soldats Syriens qui demandent aux hommes qu’ils arrêtent de nommer une tomate, « Avec son accent, le Libanais répondait  «banadora » et le Palestinien « ban’dora ». Des centaines avaient été arrêtés comme ça.-Pourquoi ils ne répondent pas comme un Libanais ? Marwan [druze qui les déteste pourtant] : Parce qu’ils ont leur fierté ») et quelques joliesses d’écriture. Mais des joliesses d’écriture sont-elles compatibles avec le Liban déchiré, exaspéré de haine ? Seule la magie d’un Yasmina Khadra aurait pu, peut-être, y parvenir, celle de la trilogie («Les hirondelles de Kaboul, « L’attentat », « les Sirènes de Bagdad ») si  scandaleusement négligée par les grands prix littéraires

Sorj Chalandon qui avait porté si haut dans « Le Retour » la littérature de hantise et de méditation des fraternités qui se fracassent sur l’histoire, échoue au pied de ce « Quatrième mur ». Dommage, mais dans quelques jours un Goncourt de rattrapage n’est pas à exclure. Ce serait navrant. Un mauvais prix n'efface pas une grande faute. 

28/09/2013

"Il faut beaucoup aimer les hommes" Marie Darrieussecq et " Une année qui commence bien" de Dominique Noguez

Deux livres sur l’amour : une (auto ?) fiction de Marie Darrieussecq et une non fiction de Dominique Noguez.

Qui n’a jamais été sot en amour leur jettera la première pierre !

Solange est une actrice jeune et jolie, parisienne, très parisienne qui tente sa chance à Los Angeles. Elle y tombe follement amoureuse d’un acteur noir, canadien d’origine congolaise, Kouhouesseo, qui nourrit le projet fou de transposer « Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad, au cinéma, avec un tournage en Afrique (« C’était un homme avec une grande idée »). Leur première rencontre suffit : Kouhouesso, elle l’a dans la peau ! Alors, elle attend des journées entières les réponses aux textos qu’elle adresse à « cet homme à l’existence intermittente », lui répond au téléphone en pleine nuit « Mais bien sûr tu peux passer » et doit veiller et espérer jusqu’au petit matin, reste sans nouvelles des mois durant. Mais le désir étant le plus fort, elle le suit dans son projet en Afrique, attendant et attendant encore. « Je ne t’oublie guère » lui textote-t-il !

Oui, il faut beaucoup aimer les hommes nous dit Marie Darrieussecq en citant Duras « Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter ». Tel est le thème du livre.

Ce roman si contemporain d’une jeune sotte, un peu mijaurée, qui aime les potins, les réseaux, la beauté et la réussite pourrait décourager des lecteurs exigeants.

Mais c’est aussi un livre sur la couleur de la peau, les couples mixtes, l’Afrique, le regard des autres, ce qui élargit heureusement le propos. Tout cela est un peu limite, d’une douteuse franchise, excellent ! «  Un vague tournis la prenait, comme devant ces nuanciers de papier peint qui ressemblent à des gros annuaires de couleur, à se demander si noir c’est noir, et elle n’en savait rien » ; « Il sent comme une église, comme un temple indien » ; « Avait-il mangé des hannetons ? « Mange-moi » songea-t-elle. Mange-moi. Qu’on en finisse. Qu’il la mange à jamais » ou sur l’Afrique : « Il y avait beaucoup d’arbres sans mots qui poussaient loin de la langue française » et à propos de l’un d’eux  « Une énorme fougère, enfin un machin vert, un céleri géant, s’était multipliée à tel point, à force de racines et de repousses, qu’un palier s’était créé dans la pente ».

Sa construction élégante, un style durassien mais pas à l’excès, et son ton, le ton surtout, de lucidité légère, à la fois exaspérée et frivole, en font plus qu’un joli livre : « Le début est comme une entaille, elle ne cesse de revoir le début, net et tranché dans sa vie, alors que ce qui suit semble monté à l’envers, ou coupé, ou dans le désordre ».

Dominique Noguez fait également le récit d’un coup de foudre. Mais c’est celui, autobiographique, d’un intellectuel, normalien, hommes de lettres discret et estimable, alors quinquagénaire, pour un jeune allumeur de vingt-cinq ans, tout juste sorti d’une école de commerce, et lancé dans la vie parisienne. Noguez, plus que bouleversé par cette rencontre, choie son jeune homme, lui propose sans cesse ni repos et avec un inégal succès, diners, soirées à l’opéra ou séjours à l’étranger ;  l’autre, Cyril, se laisse faire en baladant son amant par l’esprit,  entretient la flamme sans zèle excessif – un rien suffit !- et se refuse à l’heure du coucher, ou à peu près. Cette histoire durera cinq ans. Cinq ans d’attente, de frustrations, d’abattements, de jalousie et de tourments et quelques instants de bonheurs entre les gouffres.

Quinze ans plus tard, Noguez nous livre la radioscopie de ces années, sans complaisance ni ressentiment. Un livre oppressant d’honnêteté.

« Je vais essayer de tout dire » nous avertit-il en incipit. Et Dieu sait que rien ne manque, jusqu’à ces deux paragraphes  où l’auteur fait le compte de ce que les deux amants ont accompli sexuellement….en cinq ans. Une maigre liste de petits riens : « En cinq ans et demi, fragment par fragment, nous avions fini par faire quasi complètement l’amour ». Autant dire que le lecteur, quoiqu’il en coûte à Noguez, s’ennuie beaucoup de cette histoire trop longue, jetterait volontiers ce Cyril par-dessus bord et maudit l’ingénuité, obstinée et grandiose, de Noguez qui, après nous avoir infligé tant d’épreuves, ose un «  Et pourtant, dois-je me plaindre ? Il est ce que j’ai eu de mieux ».

La prose est sobre et tenue, le ton à la mélancolie et on tombe ici où là, quoique rarement, sur une jolie trouvaille : Tokyo et « la senteur particulière de tant de petites rues : un mélange tiède d’odeur d’essence, de poisson et de sauce au soja » (le « tiède » est superbe) ; dans un village en Thaïlande « un silence de sieste » ; à propos de la révélation de sa sexualité que l’on imagine plus aisée quand les proches ne seront plus là : «  mais les familles sont sans fin : comme le lichen elles se déplacent sournoisement et se reforment » ; le portait, entre autres – la plupart sont très réussis, mais celui-là est saisissant- d’un éminent linguiste qui drague Cyril, un dénommé Raymond Bérul où l’on devine Claude Hagège « son visage ingrat tout en escarpements et en noirceurs » puis, après une intervention esthétique : « il avait changé de laideur ». Ah, la jalousie…

Mais le récit est davantage d’un intellectuel qui s’astreint à une âcre honnêteté que celui d’un véritable écrivain.  Noguez sacrifie souvent le plaisir du style à la justesse de l’image (on a droit à un affreux quoique parlant « les acouphènes de l’âme »), procède par citations, multiplie les références littéraires - les « Fragments du discours amoureux » de Roland Barthes, pourtant si à propos, ne sont curieusement pas évoqués.

Alors pourquoi lire ce livre, malgré tout ? Parce qu’il est un contrepoint de l’époque, ou plus exactement son contraire exact. On n’y a ni le culte du corps, ni celui de la réussite, on y est tout sauf frivole, on se tient éloigné des paillettes et le coming out de cet homme de lettres du milieu parisien – on y croise Sollers son éditeur, l’ami Régis Debray, le Houellebecq d’avant « L’Extension du domaine de la lutte », la pétulante Colette de la libraire branchée en lisière du Marais- n’est ni facile, ni bravache et, au fond, à peine assumé. (« Un élément de soi qui, au fond était anodin, qui, en tout cas n’avait aucune prééminence sur les autres, devient, par cette lumière, d’une importance déterminante […]. De toute façon, bien ou mal choisi, tout aspect de soi qu’on souligne en le révélant est une détermination. Et toute détermination est la négation de l’infinité des choses qui ne sont pas elle »).

« Adolescent à l’époque de Montherlant ou de Julien Green mais adulte à celle de Guillaume Dustan et de Catherine Millet » , Noguez nous dit l’épreuve de se raconter ( « c’est que tenter de tout dire sur soi épuise, rend vulnérable et recouvre d’une chape de lourdeur »), de piocher dans son journal pour mieux restituer les souvenirs (« aujourd’hui je me refourre le museau dans cette douleur » puis, plus loin : « comme un nerf douloureux qu’on avait fini par oublier, on y touche longtemps après, et c’est à hurler ! »).

Là est le livre : dans cette discipline grave, obstinée, crépusculaire de l’amoureux revenant sur ses pas pour contempler une dernière fois l’empreinte sur le sable des pas de celui qui n’est plus. « Se raconter n’a pas que l’avantage d’offrir un supplément de vie, c’est l’inverse aussi : une préparation à l’allègement complet et définitif de soi ».  On songe alors à ses amis les plus proches, en espérant qu’ils ont su lire ces lignes…  


07/09/2013

"Le Chemin des morts" de François Sureau/ "L'Extraordinaire voyage du fakir qui était coincé dans une armoire Ikéa" de Romain Puertolas

François Sureau, alors jeune homme de 25 ans, auditeur au Conseil d’Etat, est nommé rapporteur à la Commission des Recours des Réfugiés. Nous sommes au début des années 80, l’Espagne est redevenue démocratique et, depuis la présidence Giscard d’Estaing, on n’accorde plus le statut des réfugiés aux Basques ou on le leur retire, au motif qu’ils ont droit désormais à toutes les garanties d’un traitement équitable dans leur pays d’origine. Les intéressés peuvent cependant faire appel de telles décisions devant la Commission des Recours, sous le contrôle du Conseil d’Etat, dont la jurisprudence conforte alors le choix politique et diplomatique des autorités françaises. Notre jeune homme doit statuer sur le cas de Javier Ibarrategui, ancien de l’ETA, auquel la France refuse de renouveler la protection dont il bénéficie depuis 10 ans. Ce militant, impliqué dans les années 60 dans l’assassinat d’un commissaire de police espagnol, tortionnaire notoire, ne fait plus partie de l’organisation terroriste, il a publiquement désavoué l’attentat de 1973 contre l’amiral Carrero Blanco et n’a plus d’engagement politique depuis qu’il se trouve en France. Notre jeune homme conclut au rejet du statut, se trouve suivi par son président, nourrit aussitôt un méchant pressentiment et apprend quelques mois plus tard qu’Ibarrategui a été assassiné à Pampelune par les commandos extrémistes du GAL qui bénéficiaient à l’époque du soutien occulte du ministère intérieur espagnol.

Ce petit livre ( 66 pages) est le récit à l’âge d’homme de la confrontation de ce juriste à cette tragédie dont le souvenir ne l’a jamais laissé en repos. Une prose sobre et retenue, dépourvue de pathos, étrangère à la fièvre d’une confession, et des portraits, puissants de vérité ( le président Dreyfus, les assesseurs, la secrétaire de séance et Ibarrategui, bien sûr (« nous avons tous ressenti, dans son immobilité même, une vibration particulière »), donnent à ce texte, si dépourvu de complaisance à soi, une rare densité.

L’auteur ne nous épargne aucune de ses faiblesses  ( « Je ne risquais rien , et les autres membres de la commission non plus [ à accorder le statut de réfugié] rien sinon cette espèce de discrédit à la fois intellectuel et moral que les  juges craignent pas dessus-tout, parce qu’il peut compromettre leurs carrières »), ne s ’exonère d’aucun de ses préjugés (ainsi ceux qu’il nourrit à l’égard de l’assesseur désigné par le Haut-Comité aux Réfugiés qui se montrera pourtant en l’espèce la plus avisée), ne dissimule rien qui pourrait rendre le jugement sur les protagonistes moins sévère : ce «  bon » président Dreyfus, plein d’humanité à l’égard des requérants et « qui ne se trompe presque jamais », ne tirant  aucun enseignement de l’impression d’audience, pourtant unanimement favorable au requérant ; ou cette assertion « Lorsqu’un juge adopte une solution, c’est bien souvent que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage » qui est la condamnation même de l’office du juge. ( A cet égard, la réflexion sur la présence actuelle au sein de cette Commission de magistrats de l’ordre judiciaire  aux yeux desquels « tout individu basané est, par expérience, un voleur de poules », à la fois « zémourienne » et imbécile, discrédite un instant le propos : les juges judiciaires ont, au contraire des magistrats des juridictions administratives qui tranchent à l’issue d’une procédure exclusivement écrite, coutume d’être confrontés à la présence physique des parties à l’audience ( toute la matière pénale, le contentieux d’instance ou prud’homal , le contentieux du divorce, la protection des mineurs) dont les enseignements ne peuvent être tenus pour indifférents à l’heure du délibéré, mais peu importe, là n’est pas l’essentiel !).

Cette rêche dissection de ce qui est advenu, d’où excuses et regrets sont bannis tant ils discréditeraient le tragique qui en est la véritable nature, a quelque chose de conradien, d’oppressant et de vertigineux. Pour François Sureau, c’est une Croix. Pour moi, un livre qui m’émeut et m’épouvante.

A lire absolument.

Et puis, pour se détendre, l’excellentissime premier roman de ce jeune Montpelliérain Romain Puertolas ( édition Le Dilettante), qui comme son nom l’indique est un conte rocambolesque et fantasque,  dans lequel un faux fakir rajasthannais,  Ajatashatru Lavash ( « Prononcez « J’attache ta charrue, la vache »), poursuivi par un taxi gitan ( Gustave Palourde) qu’il a arnaqué en payant sa course à Paris avec un billet de 100 euros imprimé sur une seule face, se dissimule dans une armoire Ikéa à destination de Londres, dans un camion bondé de clandestins soudanais (parmi lesquels le dénommé  Wiraj , « Prononcez Virage »), avant de s’introduire dans la malle Vuitton d’une star allant tourner à Rome (Sophie Morceaux) d’où il s’enfuit en montgolfière, se retrouvant à Tripoli en Lybie un peu avant la fin de l’histoire que je me garderai de vous révéler.

Ce livre, vrai-faux cadavre exquis romanesque, très brillamment mené, est jubilatoire. Et tout sauf innocent. Au-delà des rebondissements, de la très grande légèreté de ton, de l’inouïe et si rare fantaisie, une réflexion sur l’exil, la confrontation des cultures et la bienveillance à l’égard de l’étranger.

Et si vous n’êtes pas convaincus, connectez-vous donc au site délirant de ce jeune Romain Puertolas, cela devrait suffire à vous mettre l’eau à la bouche.