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23/10/2013

"La Vie d'Adèle" Abdellatif Kechiche

J’ai failli ne rien écrire sur « La Vie d’Adèle », comme on garde un trésor pour soi. Tant pis pour les autres ! Mais ce film a charrié tant de nuisibles et imbéciles polémiques qu’il faut au moins dire qu’il s’agit là d’une merveille de film, sensible, intelligent, brillant et profond, ce qui ne va guère ensemble que dans les chefs d’œuvre. Oui chef d’œuvre, dont on sort avec une énergie nouvelle, un regard plus aigu et plus ample sur les choses de la vie. En maudissant bien sûr Lea Seydoux et ses jérémiades accusatoires, comme on crache à la gueule de son bienfaiteur. Faut-il qu’elle n'ait pas vu le film pour avoir songé un instant qu’elle pouvait compromettre son auteur, un réalisateur qui porte le cinéma si haut et qui nous offre une œuvre à ce point intègre qu’elle lui a valu, même à elle dont le personnage est pourtant secondaire, une Palme à Cannes. A moins que là ne gise précisément une si sotte ingratitude.

Car Adèle, c’est d’abord l’autre ; Adèle Exarchopoulos, bouille d’ado aux lignes encore rondes de l’enfance, peau de velours, bouche de poisson, dents de lapin, et belle avec ça, irrésistible, toujours en train de se tripoter les cheveux, filmée en plans serrés, comme si Abdellatif Kechiche nous l’offrait à croquer. « La Vie d’Adèle », c’est sa vie, le lycée, ses parents modestes et aimants, ses rencontres avec les mecs, ses timidités et ses audaces, son goût des livres et cette placide obstination qu’elle met en toutes choses, se retourner sur une fille qui passe, tenter de « pécho » son numéro de téléphone, la retrouver sur un banc, lui faire du gringue sans savoir trop si ça va marcher, puis se donner toute entière en espérant la rendre folle, ceci fait lui demander quelle note elle mérite et bouder un peu le 14/20 annoncé, être présentée à ses parents, bobos au possible, se laisser embrasser devant eux dans une transparence qui rend tout futile, devoir manger des huitres à quoi on répugne, leur dire que son rêve c’est d’être instit et les en voir accablés, mais au fond s’en moquer, car ça c’est son rêve pour de vrai !

Au-delà de l’histoire d’amour entre ces deux filles, la jeune Adèle et l’autre, Emma, aux cheveux bleus, très contemporaine, étudiante en histoire de l’art, artiste peintre et qui aimerait en vivre, « La Vie d’’Adèle » est une merveilleuse traversée du communautarisme social, où les plus radicaux, les plus indifférents au « vivre ensemble » ne sont pas ceux qu’on pense, et là Kéchiche se régale ! Les deux scènes en miroir où chacune des filles invite sa copine à diner chez ses parents ; la grande fête qu’organise Emma avec ses amis de fac où Adèle est au service puis à la vaisselle, de bon cœur, heureuse de se rendre utile en amoureuse qu’elle est ;  les conversations sur Klimt ou Egon Schiele où nul ne se soucie de son avis mais la félicite pour le dîner, ne lui laissant d’autre choix que de se retrouver à la table du beur de service, et le beur de service ça lui va bien ; la cruauté d’Emma lui faisant reproche, après tant de don de soi, de ne s’intéresser à rien. Ces scènes, tout en délicatesse ou rien n’est forcé ni surligné, où il n’y a ni bon ni méchant - c’est ainsi- sont d’une force inouïe, parce qu’elles sont la vie sociale même.

Et l’immense talent de Kéchiche est de ne pas faire d’Adèle une révoltée ni une résignée par amour mais une fille droite, ni aveugle ni indifférente, mais sûre de son chemin et son chemin c’est l’école, la transmission du savoir. Les scènes de classe sont la marque de Kechiche, celles du début du film qui sont autant d’annonces de ce qui va suivre, de courtes fables mais des fables inversées dont la morale serait l’incipit – lectures de « La Vie de Marianne" de Marivaux ou « Antigone », avec discussions entre profs et élèves- sont éblouissantes. Par la suite, les scènes où l’on voit Adèle instit dans sa classe de maternelle, sont des oasis de paix, des refuges dans le film, des moments où l’on se retrouve, les essentiels d’une vie.

Il faudrait dire aussi les acteurs (la copine rageuse quand elle suspecte Adèle d’une relation homosexuelle, l’ami Samir, gentil petit homo accepté par ses copains, les parents, les profs, le « beur bogoss » tentant l’aventure à NY avant de rentrer à la maison faire l’agent immobilier) dont pas un n’est étourdissant de vérité. Il faudrait dire aussi le brio du montage et des ruptures de séquences, les scènes de manifs – celle des jeunes puis celle de la CGT, la France d’aujourd’hui et celle d’hier- la beauté ou la sauvagerie des arbres- ceux du parc où l’on s’aime puis les moignons de platanes en ville et les vols de corneille alentour quand l’amour se languit ou se délite-, la visite à deux d’un musée où Emma fait sa place à Adèle puis la foule des vernissages où Adèle, pourtant modèle des toiles exposées, n’en a plus.

Et puis il y a l’histoire d’amour bien sûr, d’une vérité et d’une intensité incroyables et les gloussements, lors de « ma » séance, de quelques filles lors de la première scène d’amour - il est vrai très crue, très frontale- m’étaient comme un blasphème. Car cette scène, dont je peux comprendre qu’elle soit dérangeante, est tout sauf pornographique ou voyeuriste. Les corps y sont exaltés comme la force pure du désir, sans souci d’être beaux sans souci d’être vus, contorsionnés, tordus, rageurs, aveugles, exaspérés ; cette scène n’est pas « belle » elle est d’une puissance inouïe. Comme une des dernières, les retrouvailles après rupture. Toujours déséquilibrées les retrouvailles, non ? Eh, bien là, dans cette scène de café, où chacun de nous a un jour tenu un rôle puis l’autre, les deux filles sont formidables et les actrices souveraines ; oui, même Léa Seydoux.

Cela dure trois heures, cela pourrait durer trois jours. Je déteste les films longs mais Kechiche est un immense artiste et on ne s’ennuie à aucun moment, transportés que nous sommes par tant d’intelligence des situations sociales et des mœurs, cet humanisme sans concession, lumineux et âcre, à rebours des impuissantes pleurnicheries de notre temps, un legs à chérir et à méditer, une «  Comédie humaine » de notre temps. Oui, avec Kechiche, le 7ème art tient son Balzac.

 

 

 

28/09/2013

"Il faut beaucoup aimer les hommes" Marie Darrieussecq et " Une année qui commence bien" de Dominique Noguez

Deux livres sur l’amour : une (auto ?) fiction de Marie Darrieussecq et une non fiction de Dominique Noguez.

Qui n’a jamais été sot en amour leur jettera la première pierre !

Solange est une actrice jeune et jolie, parisienne, très parisienne qui tente sa chance à Los Angeles. Elle y tombe follement amoureuse d’un acteur noir, canadien d’origine congolaise, Kouhouesseo, qui nourrit le projet fou de transposer « Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad, au cinéma, avec un tournage en Afrique (« C’était un homme avec une grande idée »). Leur première rencontre suffit : Kouhouesso, elle l’a dans la peau ! Alors, elle attend des journées entières les réponses aux textos qu’elle adresse à « cet homme à l’existence intermittente », lui répond au téléphone en pleine nuit « Mais bien sûr tu peux passer » et doit veiller et espérer jusqu’au petit matin, reste sans nouvelles des mois durant. Mais le désir étant le plus fort, elle le suit dans son projet en Afrique, attendant et attendant encore. « Je ne t’oublie guère » lui textote-t-il !

Oui, il faut beaucoup aimer les hommes nous dit Marie Darrieussecq en citant Duras « Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter ». Tel est le thème du livre.

Ce roman si contemporain d’une jeune sotte, un peu mijaurée, qui aime les potins, les réseaux, la beauté et la réussite pourrait décourager des lecteurs exigeants.

Mais c’est aussi un livre sur la couleur de la peau, les couples mixtes, l’Afrique, le regard des autres, ce qui élargit heureusement le propos. Tout cela est un peu limite, d’une douteuse franchise, excellent ! «  Un vague tournis la prenait, comme devant ces nuanciers de papier peint qui ressemblent à des gros annuaires de couleur, à se demander si noir c’est noir, et elle n’en savait rien » ; « Il sent comme une église, comme un temple indien » ; « Avait-il mangé des hannetons ? « Mange-moi » songea-t-elle. Mange-moi. Qu’on en finisse. Qu’il la mange à jamais » ou sur l’Afrique : « Il y avait beaucoup d’arbres sans mots qui poussaient loin de la langue française » et à propos de l’un d’eux  « Une énorme fougère, enfin un machin vert, un céleri géant, s’était multipliée à tel point, à force de racines et de repousses, qu’un palier s’était créé dans la pente ».

Sa construction élégante, un style durassien mais pas à l’excès, et son ton, le ton surtout, de lucidité légère, à la fois exaspérée et frivole, en font plus qu’un joli livre : « Le début est comme une entaille, elle ne cesse de revoir le début, net et tranché dans sa vie, alors que ce qui suit semble monté à l’envers, ou coupé, ou dans le désordre ».

Dominique Noguez fait également le récit d’un coup de foudre. Mais c’est celui, autobiographique, d’un intellectuel, normalien, hommes de lettres discret et estimable, alors quinquagénaire, pour un jeune allumeur de vingt-cinq ans, tout juste sorti d’une école de commerce, et lancé dans la vie parisienne. Noguez, plus que bouleversé par cette rencontre, choie son jeune homme, lui propose sans cesse ni repos et avec un inégal succès, diners, soirées à l’opéra ou séjours à l’étranger ;  l’autre, Cyril, se laisse faire en baladant son amant par l’esprit,  entretient la flamme sans zèle excessif – un rien suffit !- et se refuse à l’heure du coucher, ou à peu près. Cette histoire durera cinq ans. Cinq ans d’attente, de frustrations, d’abattements, de jalousie et de tourments et quelques instants de bonheurs entre les gouffres.

Quinze ans plus tard, Noguez nous livre la radioscopie de ces années, sans complaisance ni ressentiment. Un livre oppressant d’honnêteté.

« Je vais essayer de tout dire » nous avertit-il en incipit. Et Dieu sait que rien ne manque, jusqu’à ces deux paragraphes  où l’auteur fait le compte de ce que les deux amants ont accompli sexuellement….en cinq ans. Une maigre liste de petits riens : « En cinq ans et demi, fragment par fragment, nous avions fini par faire quasi complètement l’amour ». Autant dire que le lecteur, quoiqu’il en coûte à Noguez, s’ennuie beaucoup de cette histoire trop longue, jetterait volontiers ce Cyril par-dessus bord et maudit l’ingénuité, obstinée et grandiose, de Noguez qui, après nous avoir infligé tant d’épreuves, ose un «  Et pourtant, dois-je me plaindre ? Il est ce que j’ai eu de mieux ».

La prose est sobre et tenue, le ton à la mélancolie et on tombe ici où là, quoique rarement, sur une jolie trouvaille : Tokyo et « la senteur particulière de tant de petites rues : un mélange tiède d’odeur d’essence, de poisson et de sauce au soja » (le « tiède » est superbe) ; dans un village en Thaïlande « un silence de sieste » ; à propos de la révélation de sa sexualité que l’on imagine plus aisée quand les proches ne seront plus là : «  mais les familles sont sans fin : comme le lichen elles se déplacent sournoisement et se reforment » ; le portait, entre autres – la plupart sont très réussis, mais celui-là est saisissant- d’un éminent linguiste qui drague Cyril, un dénommé Raymond Bérul où l’on devine Claude Hagège « son visage ingrat tout en escarpements et en noirceurs » puis, après une intervention esthétique : « il avait changé de laideur ». Ah, la jalousie…

Mais le récit est davantage d’un intellectuel qui s’astreint à une âcre honnêteté que celui d’un véritable écrivain.  Noguez sacrifie souvent le plaisir du style à la justesse de l’image (on a droit à un affreux quoique parlant « les acouphènes de l’âme »), procède par citations, multiplie les références littéraires - les « Fragments du discours amoureux » de Roland Barthes, pourtant si à propos, ne sont curieusement pas évoqués.

Alors pourquoi lire ce livre, malgré tout ? Parce qu’il est un contrepoint de l’époque, ou plus exactement son contraire exact. On n’y a ni le culte du corps, ni celui de la réussite, on y est tout sauf frivole, on se tient éloigné des paillettes et le coming out de cet homme de lettres du milieu parisien – on y croise Sollers son éditeur, l’ami Régis Debray, le Houellebecq d’avant « L’Extension du domaine de la lutte », la pétulante Colette de la libraire branchée en lisière du Marais- n’est ni facile, ni bravache et, au fond, à peine assumé. (« Un élément de soi qui, au fond était anodin, qui, en tout cas n’avait aucune prééminence sur les autres, devient, par cette lumière, d’une importance déterminante […]. De toute façon, bien ou mal choisi, tout aspect de soi qu’on souligne en le révélant est une détermination. Et toute détermination est la négation de l’infinité des choses qui ne sont pas elle »).

« Adolescent à l’époque de Montherlant ou de Julien Green mais adulte à celle de Guillaume Dustan et de Catherine Millet » , Noguez nous dit l’épreuve de se raconter ( « c’est que tenter de tout dire sur soi épuise, rend vulnérable et recouvre d’une chape de lourdeur »), de piocher dans son journal pour mieux restituer les souvenirs (« aujourd’hui je me refourre le museau dans cette douleur » puis, plus loin : « comme un nerf douloureux qu’on avait fini par oublier, on y touche longtemps après, et c’est à hurler ! »).

Là est le livre : dans cette discipline grave, obstinée, crépusculaire de l’amoureux revenant sur ses pas pour contempler une dernière fois l’empreinte sur le sable des pas de celui qui n’est plus. « Se raconter n’a pas que l’avantage d’offrir un supplément de vie, c’est l’inverse aussi : une préparation à l’allègement complet et définitif de soi ».  On songe alors à ses amis les plus proches, en espérant qu’ils ont su lire ces lignes…  


07/09/2013

"Le Chemin des morts" de François Sureau/ "L'Extraordinaire voyage du fakir qui était coincé dans une armoire Ikéa" de Romain Puertolas

François Sureau, alors jeune homme de 25 ans, auditeur au Conseil d’Etat, est nommé rapporteur à la Commission des Recours des Réfugiés. Nous sommes au début des années 80, l’Espagne est redevenue démocratique et, depuis la présidence Giscard d’Estaing, on n’accorde plus le statut des réfugiés aux Basques ou on le leur retire, au motif qu’ils ont droit désormais à toutes les garanties d’un traitement équitable dans leur pays d’origine. Les intéressés peuvent cependant faire appel de telles décisions devant la Commission des Recours, sous le contrôle du Conseil d’Etat, dont la jurisprudence conforte alors le choix politique et diplomatique des autorités françaises. Notre jeune homme doit statuer sur le cas de Javier Ibarrategui, ancien de l’ETA, auquel la France refuse de renouveler la protection dont il bénéficie depuis 10 ans. Ce militant, impliqué dans les années 60 dans l’assassinat d’un commissaire de police espagnol, tortionnaire notoire, ne fait plus partie de l’organisation terroriste, il a publiquement désavoué l’attentat de 1973 contre l’amiral Carrero Blanco et n’a plus d’engagement politique depuis qu’il se trouve en France. Notre jeune homme conclut au rejet du statut, se trouve suivi par son président, nourrit aussitôt un méchant pressentiment et apprend quelques mois plus tard qu’Ibarrategui a été assassiné à Pampelune par les commandos extrémistes du GAL qui bénéficiaient à l’époque du soutien occulte du ministère intérieur espagnol.

Ce petit livre ( 66 pages) est le récit à l’âge d’homme de la confrontation de ce juriste à cette tragédie dont le souvenir ne l’a jamais laissé en repos. Une prose sobre et retenue, dépourvue de pathos, étrangère à la fièvre d’une confession, et des portraits, puissants de vérité ( le président Dreyfus, les assesseurs, la secrétaire de séance et Ibarrategui, bien sûr (« nous avons tous ressenti, dans son immobilité même, une vibration particulière »), donnent à ce texte, si dépourvu de complaisance à soi, une rare densité.

L’auteur ne nous épargne aucune de ses faiblesses  ( « Je ne risquais rien , et les autres membres de la commission non plus [ à accorder le statut de réfugié] rien sinon cette espèce de discrédit à la fois intellectuel et moral que les  juges craignent pas dessus-tout, parce qu’il peut compromettre leurs carrières »), ne s ’exonère d’aucun de ses préjugés (ainsi ceux qu’il nourrit à l’égard de l’assesseur désigné par le Haut-Comité aux Réfugiés qui se montrera pourtant en l’espèce la plus avisée), ne dissimule rien qui pourrait rendre le jugement sur les protagonistes moins sévère : ce «  bon » président Dreyfus, plein d’humanité à l’égard des requérants et « qui ne se trompe presque jamais », ne tirant  aucun enseignement de l’impression d’audience, pourtant unanimement favorable au requérant ; ou cette assertion « Lorsqu’un juge adopte une solution, c’est bien souvent que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage » qui est la condamnation même de l’office du juge. ( A cet égard, la réflexion sur la présence actuelle au sein de cette Commission de magistrats de l’ordre judiciaire  aux yeux desquels « tout individu basané est, par expérience, un voleur de poules », à la fois « zémourienne » et imbécile, discrédite un instant le propos : les juges judiciaires ont, au contraire des magistrats des juridictions administratives qui tranchent à l’issue d’une procédure exclusivement écrite, coutume d’être confrontés à la présence physique des parties à l’audience ( toute la matière pénale, le contentieux d’instance ou prud’homal , le contentieux du divorce, la protection des mineurs) dont les enseignements ne peuvent être tenus pour indifférents à l’heure du délibéré, mais peu importe, là n’est pas l’essentiel !).

Cette rêche dissection de ce qui est advenu, d’où excuses et regrets sont bannis tant ils discréditeraient le tragique qui en est la véritable nature, a quelque chose de conradien, d’oppressant et de vertigineux. Pour François Sureau, c’est une Croix. Pour moi, un livre qui m’émeut et m’épouvante.

A lire absolument.

Et puis, pour se détendre, l’excellentissime premier roman de ce jeune Montpelliérain Romain Puertolas ( édition Le Dilettante), qui comme son nom l’indique est un conte rocambolesque et fantasque,  dans lequel un faux fakir rajasthannais,  Ajatashatru Lavash ( « Prononcez « J’attache ta charrue, la vache »), poursuivi par un taxi gitan ( Gustave Palourde) qu’il a arnaqué en payant sa course à Paris avec un billet de 100 euros imprimé sur une seule face, se dissimule dans une armoire Ikéa à destination de Londres, dans un camion bondé de clandestins soudanais (parmi lesquels le dénommé  Wiraj , « Prononcez Virage »), avant de s’introduire dans la malle Vuitton d’une star allant tourner à Rome (Sophie Morceaux) d’où il s’enfuit en montgolfière, se retrouvant à Tripoli en Lybie un peu avant la fin de l’histoire que je me garderai de vous révéler.

Ce livre, vrai-faux cadavre exquis romanesque, très brillamment mené, est jubilatoire. Et tout sauf innocent. Au-delà des rebondissements, de la très grande légèreté de ton, de l’inouïe et si rare fantaisie, une réflexion sur l’exil, la confrontation des cultures et la bienveillance à l’égard de l’étranger.

Et si vous n’êtes pas convaincus, connectez-vous donc au site délirant de ce jeune Romain Puertolas, cela devrait suffire à vous mettre l’eau à la bouche.