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01/01/2012

Angkor, partir, revenir

UN LONG vol et des escales

Départ de Paris le 15 décembre à 13h10, arrivée à Hanoi le 16 à 1h30 (6h30, heure locale). La durée du vol plus le décalage horaire, c’est une nuit escamotée.  Et ce n’est pas l’aéroport de Hanoi, petit, gris, aucune boutique encore ouverte à l’exception de deux restaurants tristes, qui revigore. Ma voisine, durant le vol, m’a dit devoir y attendre sa correspondance pour Rangoon près de 10 heures….Mais il y a une salle fumeurs, respirable à cette heure, avec vue sur la piste sans trafic. Ouf !

Des œufs au bacon plus tard, et c’est un avion à hélices pour Luang Prabang. A l’arrivée, merveilleux paysage de montagnes vertes le long du Mékong, couleur brique. On songe à « L’Art français de la guerre ».

Même avion pour Siemp Reap et belle vue sur paysage inondé ; les forêts, les rizières, les clairières, tout déborde. N’est-ce pas la saison sèche ?

J’ADORE Siemp Reap, son fleuve qui traverse lentement la ville, ses berges ombragées, ses rues de terre battue, ses sorties d’écoles à vélo, ses motos, ses pousse-pousse à moteur, dans la poussière et sous des arbres géants. Le jeu, partout sur les bas-côtés, est une espèce de babington sans raquette où l’on reprend la balle avec le pied, la cheville, le mollet, la cuisse, quelquefois la main – mais c’est alors limite- et, les plus agiles, d’un rebond sur les fesses. Une touffeur tropicale, mais beaucoup de vert, comme à l’hôtel avec ses bungalows à étage sur pilotis, d’un beau bois luisant, posés entre des bassins à fleurs de lotus, la tige haute. Personnel discret qui paraît glisser sur le sol, que l’on n’entend jamais approcher, et qui vient se poser non loin, le dos bien droit, en vigie silencieuse.

VERS ANGKOR Thom (17 décembre).

Ce qui impressionne, quand on pénètre dans la forêt, ce sont les douves larges et rectilignes, puis les bassins comme une découpe cartographique, reflets des océans mythologiques et des cieux mystérieux. On ne voit rien d’autre que ces lignes et ces plans d’eau aux dimensions grandioses ;  on songe à un Versailles tropical que l’on atteindrait par le Bassin de Neptune. La forêt est immense, profuse et haute. Le soleil y scintille partout, s’accroche aux branches et aux herbes, et la lumière tamisée tombe en pépites comme de vitraux. Voici Angkor Thom, son temple majeur, son palais royal, la galerie suspendue qui mène au Baphuon, ses terrasses des Eléphants et du Roi Lépreux et leurs contreforts sculptés.

On y pénètre par la porte Sud, un gopura à quatre visages de pierre qui, à chaque point cardinal, sourient aux singes et aux feuillages hauts, une fois franchi le pont des 54 statues de géants qui tirent à la corde avec le naga (serpent) sacré. C’est « le barattage de la mer de lait », scène des origines du monde sous ces latitudes, et recherche faustienne de l’immortalité. Vishnou convainc les Dieux et les monstres de tenter de dévisser la montagne céleste grâce à une corde géante (le serpent Naga est cette corde), dans un jeu de force ou chacun titre à hue et à dia, pour faire produire le nectar de l’immortalité. Oh-hisse ! Oh-hisse ! L’effort est considérable et la montagne finit par tourner un peu sur elle-même dans une débauche d’énergie homérique qui produit les apsaras, ces danseuses célestes que l’on va voir, tout–à-l’heure, sur tous les temples. Pour l’heure, le barattage de grès noir du pont d’accès est encore un peu figé, mais ces visages de pierre, les uns derrière les autres, chacun un morceau de serpent sous le coude, sont impressionnants.

Le Bayon (le temple, fin XIIème), joyau de l’Angkor Thom, me paraît confus. C’est une butée, une jungle de pierre, avec ses couloirs, ses galeries, ses coursives, ses petites salles, certaines ouvertes aux quatre vents, d’autres à trois seulement, ses temples qui s’amoncellent, se surplombent, se marchent sur les pieds, et partout sur les pyramides les plus hautes, ces visages de Bouddha sur chacun des côtés, de Bouddha ou de son dernier état avant le Nirvana, que l’on appelle  Bodhisattva au Sri-Lanka et Lokesvara ici, mais c’est le même : le symbole du bouddhisme du Grand véhicule. Où l’on ne travaille pas uniquement sur soi, en suivant fidèlement l’enseignement du maître, pour atteindre un salut égoïste, mais aussi pour les autres, que l’on attend à la Porte du « paradis » sans la franchir, en réalité sur la dernière marche avant le Nirvana, en se retournant alors vers eux, d’où ces visages en direction de ceux qui suivent et méritent d’être appelés, en promesse et en attente d’un salut collectif, dans un Grand Véhicule. C’est la religion que le souverain Jayavarman VII a imposée à son peuple, jusqu’alors hindouiste, mais qui n’a finalement pas prospéré, le Bouddhisme  étant finalement ici, comme dans tout le Sud-Est asiatique, celui du Petit véhicule, plus archaïque, plus littéral, et tenu pour fruste par les adeptes - Chinois et Japonais entre autres- du Grand Véhicule.

Sur le mur extérieur de l’enceinte du temple, des bas-reliefs de batailles et de scènes de genre, façon peinture hollandaise de l’époque : on y pêche, on s’y épouille, on pèse du poisson, on y accouche, on se regarde dans un miroir, on se peigne les cheveux. Marrant. La simplicité de ces scènes vivantes et prosaïques repose un peu de la grimpette labyrinthique et abstraite du Bayon.

A la sortie, l’élégance des lignes du Baskei Chamkrong (« L’oiseau qui abrite sous ses ailes »), tour-sanctuaire à degrés qui n’attire personne, sauf un peintre local sous les banians, est une belle surprise.

Angkor Vat, le plus connu des monuments du site, est dédié à Vishnou, le dieu de l’harmonie. On le devinerait à la justesse de ses proportions. Au-delà des douves, un long ruban de chaussée en pierres longues entre des balustrades à naga ; deux pavillons isolés et des bassins-réservoirs d’eau jalonnent le parcours vers la première enceinte basse ; ensuite, ce sont les temples-montagnes en forme de pommes de pin, qui se découpent sur le ciel. A l’intérieur, nul fatras de pierre comme à Angkor Thom mais un plan qui se laisse deviner gentiment, quatre cloîtres autour de quatre bassins creusés dans la roche, reliés par des galeries ; aux murs, des apsaras qui vous sourient, allant généralement par trois et qui vous surprennent non loin de piliers derrière lesquels on les devine prêtes à fuir. On est ici au sommet de l’art khmer (1131, Suryavarman II). Ce temple, initialement dédié aux dieux de l’hindouisme, est désormais une pagode bouddhiste, et quelques fidèles entourés de bonzes font brûler de l’encens au pied d’un Bouddha sous ombrelle, en chantonnant. Je m’assois non loin et me laisse aller, éternellement.

Le must cependant, ici encore plus qu’à Angkor Thom, ce sont les bas-reliefs de l’enceinte extérieure du temple, taillés dans le grès, ou quelquefois à peine incisés, comme une empreinte, sur des dizaines de mètres, en plusieurs tableaux, « Le barattage de la mer de lait », telle scène du Râmâyana ou encore le défilé du roi-bâtisseur avec ses éléphants, ses ombrelles sacrées et ses processionnaires,  chacun long de 75 mètres. L’élégance, la précision du dessin et le rythme des compositions surtout sont d’une beauté saisissante. Un bon guide en mains, on passe des heures à ces cours d’histoire et de religion, comme on se passionne, enfant, aux contes et légendes. En mesurant le privilège d’apprendre tant de choses ainsi, comme l’avait espéré le Roi-bâtisseur, il y a près de mille ans.

LE SOIR tout seul (17 décembre, soir). C’est toujours un problème… Ma ballade en ville me convainc de trouver refuge ailleurs. Quatre ou cinq rues regorgent de bars occidentaux, en attendant de regorger de touristes, la musique aussi fort qu’à Ibiza, et des sourires désarmants mais que l’on sent interlopes. Ce sera donc «La Résidence», hôtel plus chic que de charme, mais bonne table dit-on. On m’en trouve une, un peu en fond de jardin, où mon état de touriste voyageant seul passe inaperçu. Il y a un joli spectacle de danse, quatre filles, quatre garçons, cela fait passer le temps. Des tissus et des masques colorés, des torses nus, des gestes de filles aux complications lentes, des poignets souples qui leur suspendent la main dans des poses étudiées, tout sauf naturelles –exceptée la grâce-, légèrement dissonantes, d’où se dégage un érotisme retenu. Les fines chevilles des garçons ne sont pas en reste qui leur font un pied délicat, cambré et ondulant, le tout sur une musique aigre-douce d’instruments traditionnels, au rythme vaguement syncopé, dans un « barattage » voluptueux et sophistiqué de sensations inachevées.

Un verre de vin blanc pour accompagner le menu « découverte du Cambodge », deux verres finalement -la bouteille est trop chère-, un autre encore, ô que tout ceci est joli ! Le service est attentif, le sourire un peu aguicheur, genre «  M. est seul ?», mais j’ai l’habitude et sais, comme eux, que cela marche, alors pourquoi se priver. «  Nice », «  Very good » « Perfect ». Quel handicapé je fais en Anglais….

DES TEMPLES comme s’il en pleuvait  (18 décembre)

Journée en tuk-tuk de temple en temple, un peu jusqu’à l’indigestion. Comme les dieux de l’hindouisme ont leurs avatars, un conducteur de tuk-tuk peut devenir le chauffeur d’une automobile, et vice-versa. Tac était mon taxi de l’aéroport à l’hôtel, travaillant pour la compagnie officielle, la course au forfait (7 dollars), sans embarras, encombre ni surprise. Il m’a demandé si je ne souhaitais pas un tuk-tuk pour visiter les temples le lendemain. Méfiant comme on l’est généralement tout neuf sorti de l’avion, je lui ai demandé son prix-journée.  C’était celui indiqué par le Routard, ou à peu près (15 dollars la journée avec service d’eau minérale à volonté). Cela aurait pu être moins, mais il était petit et charmant, inspirant confiance, des yeux de braise et des bracelets partout. Va pour Tac qui me conduira en tuk-tuk deux jours durant, puis proposera sa voiture pour les excursions plus lointaines les deux jours suivants.

Prasat Kravan, un des plus anciens temples d’Angkor (921), vishnouïte, aux cinq tours de briques et avec de beaux bas-reliefs, m’enthousiasme. Des Vishnou partout, avec un nombre changeant de bras, ses armes et sa monture, Garuda, monstre auquel on s’habitue. On songe à Malraux dans les «  Antimémoires » qui évoque, s’agissant de ses premiers contacts avec les temples indiens, une « pullulation divine »  et «  la gesticulation pétrifiée des dieux ».

Banteay Kdei (« La citadelle des cellules ») est un vaste monastère bouddhiste, bâti de plein pied au XIIème siècle,  qui paraît avoir été dévasté par le feu, tant le grès est noir, ici ou là couvert de lichen. Une vaste ruine soutenue par des étais dans un paysage bucolique où de douces apsaras, sur les piliers des cloîtres, quasi-effacées par le temps et la jungle, sont comme de discrètes décalcomanies. De lourds drapés tombent autour de la pierre, d’arbres immenses au tronc en peau d’éléphant. Mais la vie est mal faite et ces arbres fantastiques ont un nom bien ordinaire : ce sont les fromagers -on faisait de leur bois des boîtes à fromage. On les appelle aussi piroguiers, mais la France, tempérée, a fabriqué, hélas, plus de boîtes à fromage que de pirogues !

Ta Phrom (1186) L’Ecole française d’Extrême-Orient a décidé de laisser ce temple, dédié par Jayavarmam VII à sa mère, dans le décor végétal où il a été trouvé ou presque. Des arbres géants, au tronc en tablier, sont comme des pieuvres qui étouffent la construction. C’est le Angkor de la photo, et la foule des touristes est ininterrompue, s’intéressant davantage à la végétation qu’aux ornements de la pierre. Le spectacle serait étonnant si nous ne connaissions déjà les photos. Mais ça l’est moins de se retrouver coincé dans une carte postale, à quoi il convient d’ajouter « l’esprit de confusion » dénoncé par ce cher Maurice Glaize - architecte de l’Ecole française d’Extrême-Orient auquel des générations de visiteurs doivent l’intelligence et le plaisir du voyage ; son « Angkor et ses temples », paru en 1948, est sans cesse réédité depuis lors. Glaize stigmatise, sous cette expression, les rajouts et les constructions successives par quoi on s’est employé durant des siècles à combler les « vides » des temples initiaux, d’où une impression de profusion, de trop plein, et le désarroi du non-spécialiste face à cette géologie de couches d’art superposées. Des passerelles en bois ont été aménagées tout au long du parcours afin que les touristes ne meurent pas assommés par une pierre en passant sous une arche déglinguée, et je fais donc la queue derrière des cohortes de Chinois et de Sud-Coréens. Le gopura occidental avec ses quatre têtes de Lokesvara sous une voûte végétale est cependant très beau. Je sors de ce manège un peu déçu. Evidemment ce site est le « chouchou » du Guide du Routard, j’aurais dû me méfier…

Ta Keo (1002-1006) Enfin seul, sur ce temple en pyramide à degrés inachevée, avec des marches d’escaliers escarpées et étroites comme à Chichen Itza ; une très belle vue, depuis l’ultime terrasse, sur la forêt et les clairières.

Pre Rup (961) Après avoir longé le Baray oriental (très vaste réservoir d’eau où le ciel miroite), dans un paysage bucolique. Un homme se baigne dans une rivière, un autre se repose sous un arbre, des rizières, et des ajoncs qui ploient sous le vent. Jolie pyramide à degrés, toute de briques.

Le Mebon oriental (950) est un joyau de l’art khmer, jadis sur une île, avec sa terrasse, ses cinq tours en briques roses et grises, l’une au centre, les quatre autres aux points cardinaux, et les linteaux de ses portes délicatement ouvragés parmi lesquels un Ganesch chevauchant sa propre trompe, motif iconographique qui va rencontrer un vif succès. Ce Xème siècle de l’architecture et de la sculpture khmères commence à m’emballer.

Mais voilà Ta Som, un temple bouddhiste construit sous Jayavarman VII, dans l’esprit de Ta Phrom, mais plus petit et sans touristes. Un bonheur de promenade dans la forêt. Un banian qui enserrait le gopura aux quatre visages de Lokesvara à l’entrée est mort dans les années 70, mais le gopura de l’autre côté du temple est toujours mélangé d’arbre et de pierre. On traverse le site en silence, au milieu des enfants qui jouent ou vendent quelques cartes postales et autres babioles pour touristes, mais sans insister tant ils n’y croient plus. Je m’assois un moment pour profiter de l’instant et une gamine s’approche en me récitant, en hurlant presque, les chiffres en anglais, français, espagnol et aurait poursuivi, sans doute, dans d’autres langues du monde si je ne l’avais brutalement interrompue en lui criant « STOP, STOP, STOP ! ». Elle me regarde, interdite. Mais pas foudroyée. Elle me sourit gentiment et s’éloigne vers d’autres touristes.

Quelques bas-reliefs un peu frustes, mais un monde de silence. La quiétude, familière, que répandent chez nous  les cimetières du midi.

Sur chaque site, un groupe de musiciens assis sur une estrade un peu surélevée, tous vêtus de blouses rouges, commence à jouer à la vue du touriste, pour s’arrêter aussitôt après son passage. Ce sont des victimes des mines anti-personnelles qui, désormais, gagnent leur vie ainsi : en s’approchant, on découvre leurs prothèses au milieu des archets. Ils ne sont plus tout jeunes, une femme aveugle, le visage un peu à l’horizontale, tendu vers le ciel qu’elle ne devine plus, crie, quand elle entend l’aumône : « Thank You, Good Luck ». « Good Luck » ! Ces mines ont été posées par milliers par les Khmers rouges lorsque, vaincus, ils se sont réfugiés dans la forêt après la prise de Phnom Penh par l’armée vietnamienne en janvier 1979. Toujours théoriciennes, les milices révolutionnaires ont alors conçu le projet d’affamer le pays pour provoquer la fuite de l’envahisseur, et miné toute la campagne, les rizières et les forêts, pour stopper la production agricole. Ces musiciens sur les sites sont le résultat de ce sabotage de la terre. On passe devant eux ; la musique est envoutante mais on frémit un peu, dans un sentiment mêlé de honte, en songeant au « Monde » qui fêtait, comme une grande part de l’intelligentsia occidentale et anti-américaine, la « libération » du pays par les Khmers rouges en avril 1975 - comme nous l’aurions sans doute fait nous-mêmes si nous avions été en âge-, et de trouble car on ne parvient pas tout à fait à se déprendre de l’idée que, face au corrompu Lon Nol et à ses sbires, sangsues du pouvoir d’un clan et instruments de la géopolitique américaine, les brigades Khmers de « libération » avaient, elles, un idéal collectif d’égalité qui était un peu notre rêve de jeunesse. Alors, en passant devant ces musiciens handicapés, on baisse un peu les yeux…

NeaK Pean Une longue digue de bois entre les eaux conduit à ce complexe de bassins de la fin du XIIème mais une barrière, hélas, nous en tient désormais éloignés. On devine des sculptures de Neptune locaux, des nagas géants, un cheval mythique. Il s’agit de la réplique du lac sacré tibétain Anavatapta, source des quatre fleuves de la mythologie hindoue. De gentils touristes américains me mettent en garde contre une immense araignée qu’ils viennent de photographier entre les arbres et que je n’avais pas vue, à deux doigts de ma tête.

Preah Khan clôt la journée, dédié par Jayavarman VII à son père. Je commence à en avoir marre et je le bâcle, heureux de me retrouver à l’hôtel avant la nuit.

Sur la route du retour, je m’avise que ce son crispant, un peu comme le bruit des lignes à haute tension, mais plus aigu et plus ferme, est celui que font les cigales locales dans les arbres. Les nôtres peuvent toujours s’accrocher…

Repas à l’hôtel, le plus délicieux de tous mes dîners, des parfums qui éclatent en bouche, une explosion du goût, hélas la clientèle est rare. Le vin au verre est si cher que je me résous cette fois-ci à m’offrir une bouteille. Ce blanc est délicieux ! Un rien d’énergie, ou de vice, me conduit ensuite, et dans l’état d’euphorie qu’on imagine, au Linga Bar. Je m’y trouve attendu par ce gentil serveur qui s’occupe de moi. Belle expo dans le hall de l’hôtel qui fait face, dont un portrait d’Obama et un autre, aux couleurs très vives, d’un intello asiatique, à lunettes, façon caricature des années 30. Il fait plus de mille dollars et  ne sera donc jamais accroché dans mon couloir.

REVENIR DE Beng Mealea (19 décembre)

Beng Mealea (« Guirlande de l’étang ») se situe à une soixantaine de kilomètres de Siem Reap. Ce sera donc aujourd’hui l’option voiture. S’éloigner des sites principaux, des flots de touristes et des Khmers qui vendent des cartes postales me soulage. Tracer, faire la route, traverser des paysages paisibles, ici de belles clairières, là une futée d’arbres géants ; voir des femmes repiquer le riz, des enfants pêcher le poisson dans des bras d’eau – on a l’impression qu’ici même une flaque serait poissonneuse-,  longer des villages de maisons en bois, sur pilotis, auxquelles ont accède par un escalier extérieur, quelquefois par une simple échelle, et dont le rez-de-chaussée sert indifféremment de grange, de garage, ou de salon, avec des hamacs suspendus entre deux madriers. Sur la route, des chars à bœufs, des vélos qui transportent du bois de chauffage, et ces drôles de machines agricoles, très basses, où le moteur est suspendu à un maigre chambranle horizontal muni de deux roues et d’un guidon, que le paysan tient, cassé en deux, depuis sa carriole, ce tracteur sommaire étant dépourvu d’assise. Et avec ça, tout le long, parfois par familles serrées, des flamboyants, des bougainvilliers, des cocotiers, des manguiers, des palmiers à sucres, des figuiers de banian. Des zébus au loin…. Des marchés de tout, et ces vendeuses de riz au lait de coco que l’on cuit à l’étuvée dans des bambous tenus à l’oblique autour de brasiers géants, et qui sont, au vrai, délicieux. Evidemment, rien n’est parfait : on roule ici, poussière et chaleur obligent, toutes vitres fermées et sous climatisation, un peu comme touristes sous cellophane. C’est dommage, on aimerait se sentir giflé par le soleil, les odeurs, les herbes folles…..

Beng Mealea fut aussi un décor de cinéma. Jean-Jacques Annaud y a fait construire, pour les besoins d’un tournage, une passerelle en bois, qui traverse le site à mi-hauteur de part en part, et il en a fait don au Cambodge pour les commodités des visites futures. On accède au site par un long chemin jalonné de têtes de serpents à sept têtes, le Naga sacré, les plus impressionnantes et finement ciselées que j’ai vues jusqu’alors. Le site, du XIIème siècle, est démoli, dévoré par la nature, fait d’amas indistincts de pierres et, ici ou là, de murs de temples encore debout, sombres et ornementés, comme sursauts d’orgueil dans le désastre. Le tout dégage une impression saisissante, follement romantique, et on songe à un Hubert Robert qui peindrait la magie du lieu.

VERS LE Tonlé Sap. C’est le Grand Lac du pays à quelques kilomètres de Siem Reap. On prend une embarcation à moteur à Kamphong Phluck et on suit une robine au milieu des pêcheurs qui, de l’eau à mi-cuisse, torse nu ou habillés, jettent de courts filets dans une eau couleur de roche, à la recherche de crevettes grises qu’ils prennent par kilos. La scène est belle : des hommes de glaise, le muscle luisant à la peine, le corps pris dans des vêtements torchonnés d’eau. Mais cela paraît si dur, si pénible, qu’on s’en veut presque de tenir un tel labeur pour spectacle pittoresque. Pourquoi le métier de pêcheur paraît-il toujours le plus éprouvant, après la mine ? Et peut-être même plus que la mine. Puis, la robine se dédouble, laissant un bandeau de terre au centre, et, sans qu’on s’en avise, devient lac : c’est la forêt inondée et ses villages lacustres, des maisons de bois sur de très hauts pilotis avec ses basses-cours suspendues, des poules, des cochons tenus par un grillage à mi-hauteur, ses marchands ambulants qui passent de ponton-à-ponton comme de porte-à-porte ; ici, la marchande des quatre-saisons dans sa barque avec sa balance et ses poids ; là, la petite épicerie, pirogue itinérante, avec ses packs de bouteilles d’eau et de produits hygiéniques. Des pêcheurs  rentrent à la rame de leur journée de travail, cette femme rend visite à une voisine, mais à la pagaie. Une gendarmerie sur pilotis, une école : tout est suspendu entre ciel et eau dans un décor de madriers et de poutres grises, avec quelquefois un balconnet fleuri, comme à la ville. Le village traversé, on bute soudain sur la ligne d’horizon comme seul paysage. Une ligne interminable, et  quelques herbes folles à la surface de l’eau. C’est le Tonlé Sap, le lac nourricier, grand comme une mer intérieure, et dont la saison des pluies repousse encore les limites.

On termine cette faste journée par le groupe de Roluos, trois sites en un, éloignés de quelques centaines de mètres les uns des autres. Un seul temple à degrés encore debout et deux autres avec seulement une ou deux tours, aux frontons et linteaux joliment décorés. Le ciel, au couchant, est rouge vif, et la pierre de ces temples, à cette heure, couleur miel.

Nuit (19 décembre) Un petit tour au Grand Hôtel d’Angkor, monument français des années trente, des allures de fin d’un monde, un peu l’aspect mouroir de l’Alphonse XIII. Des restaurants cossus mais tristes, des bars écrasés d’une lumière blafarde, et rien en terrasse. Une piscine vaste comme un hippodrome mais entourée de béton. Je vais donc dîner ailleurs, un peu au bonheur la chance, loue une moto-dop (on se met à l’arrière, j’ai un peu peur mais cela m’amuse), vois de la lumière dans un jardin, me fais arrêter, c’est bien un restau, mon chauffeur a l’air d’approuver. Le dîner est correct sans plus, il y a des Français partout et du vin blanc en carafe. Je finis la soirée au Linga Bar dont je suis désormais un habitué. Spectacle de nuits sages dont on sent qu’elles pourraient l’être moins, mais à quel prix….

LA ROUTE vers Bantay Srei (20 décembre) Moins loin que Beng Mealea, mais une belle route aussi. Le site est un écrin de verdure, entouré de plans d’eau et traversé de passerelles en bois, le tout au milieu des lotus et des rizières, très Extrême-Orient. C’est ici « La Voie royale » de Malraux qui y a chipé un bas-relief, s’est fait prendre à Phnom Penh, plus ou moins condamner en dépit des pétitionnaires occidentaux ayant pris sa défense, et dont il fera le thème de son deuxième roman, lequel sera récompensé par le premier Prix Interallié de l’histoire du Faubourg Saint-Germain. Et quel pensum ce livre ! J’ai tenté de le relire ici et on ne peut, décidément, le dévorer sans indigestion qu’à 16 ans. Des dialogues secs ou boursouflés, un récit confus, une recherche de ton moderne qui ne passe plus. Mieux vaut, à choisir le Malraux orientaliste, relire le Miroir des Limbes, exercice brillant, périlleux, vaguement fumeux mais soutenu, une conversation érudite, un peu fatigante, dont on retient des bribes, comme pépites.

En revanche, il faut lire le Maurice Glaize, au moins pour ce temple. Notre architecte si austère de l’Ecole française d’Extrême-Orient, savant homme aux passions contenues, est ici, soudain, la proie de séductions équivoques. Il résiste, lutte longtemps, et cela donne : «  relève davantage de l’orfèvrerie ou de la sculpture sur bois [!!] que du travail de la pierre » ; « broderie généralisée au détriment du thème d’architecture et du caractère monumental» ; «portions réduites » ; «  c’est une sorte de caprice  […] où le détail l’emporte sur la masse » ; « des baies minuscules où le prêtre ne pouvait s’insinuer qu’en rampant »…. Mais finalement, il cède : « charme très particulier » ; «  style parfaitement homogène » ; « proportion particulièrement élancée » ; «  une conquête sur l’avenir par ses recherches d’innovation » ; «  une forme de grand art » ; «  le décor est un enchantement » ; « merveilleux travail de ciselure », etc. etc.

Maurice Glaize à Banteay Srei, c’est un ascète en hypoglycémie qui se suicide au loukoum.

Voilà, c’est beau ; c’est merveilleux. Et pour une fois, tous les linteaux représentant Shiva ou Vishnou (ici, chacun des dieux a sa bibliothèque dédiée, petit bâtiment où l’on enferme les manuscrits sacrés) sont parfaitement lisibles, taillés dans un grès rose, avec une inouïe finesse aux complications indiennes. Hélas, un cordon a été posé, nous tenant à distance des sanctuaires dont on ne devine les ornements que de trop loin. La faute à Malraux ?

On revient au parking par un long chemin ombragé entre les rizières et les lotus qu’une brise quelquefois fait légèrement pencher, comme en un salut gracieux.

Bantey Samré Sur la route en revenant vers Siem Reap, on s’arrête au temple du Roi du Concombre. Une bien jolie légende que Glaize, sans plus aucune retenue, raconte avec gourmandise. C’est lui qui a restauré ce temple par anastylose, c’est-à-dire entièrement démonté puis reconstruit pierre à pierre. Un roi, fan de concombre, découvre le maraîcher qui cultive les meilleurs ; il le choie, en fait son homme mais le suspecte, à la basse saison, de ne le livrer qu’avec parcimonie. Voulant en avoir le cœur net, le roi s’introduit nuitamment sur le terrain de son fournisseur, lequel le tue, l’ayant pris pour un voleur. Ce roi étant sans descendance, les nobles s’en remettent aux dieux qui chargent un éléphant sacré de désigner un successeur. Passant devant le jardinier, celui-ci s’arrête et s’agenouille. Pou - c’est son nom- est ainsi fait roi, mais la noblesse rechigne à lui rendre les honneurs, s’inclinant avec plus de ferveur devant la chaise percée du défunt que devant son nouveau maître. Las des humiliations, ce dernier la convoque et la décapite, un par un, les têtes culbutant au travers de la chaise percée. S’étant de la sorte imposé, Pou sera un bon roi. Ce temple aurait été bâti sous son règne. Beaux bas-reliefs, mais c’est surtout la terrasse aux lions et au nagas sacrés, couleur feu du ciel, qui est impressionnante.

Un dernier adieu aux terrasses des Lions et du Roi Lépreux de l’Angkor Thom avant de partir. La vue y est belle, en surplomb sur une vaste clairière, parsemée de temples-pyramides de briques rouges sous les arbres, et les bas-reliefs sculptés sur les contreforts sont marqués et puissants. A chacune des portes, en réalité des escaliers qui mènent aux terrasses, des éléphants dont la trompe se fait fleur de lotus, et sur l’autre terrasse une très belle statue -c’est une réplique, la vraie est à Phnom Penh- d’un roi-dieu assis, nu, un genou relevé, enveloppé dans un linge jaune. C’est le Roi Lépreux dont la légende s’est estompée. Glaize la moque un peu en imputant la maladie alléguée aux taches de lichen qui recouvraient la pierre. Pierre Benoit, que l’on ne lit plus mais on a bien  tort, y a consacré un joli roman, paru je crois dans les années 20. Pierre Benoit était un grand voyageur, unamateur de femmes et un dandy maurassien ; il est l’auteur de courts récits romanesques sans enjeux mais ayant rencontré un large public dans l’entre-deux guerres et jusqu’aux années 50 malgré quelques ennuis à la Libération, où il n’a cependant pas eu à être jugé. Comme un homme ne se refait pas, il avait voulu démissionner de l’Académie française lorsque De Gaulle lança son oukaze à l’encontre d’une éventuelle élection de Paul Morand à l’Académie. Le Secrétaire perpétuel lui a alors rappelé que l’immortalité était éternelle, quelques années plus tard Morand a été élu par la Compagnie et De Gaulle a démissionné. « Le Roi Lépreux » est une invraisemblable histoire extrême-orientale, avec une apsara, bâtarde cachée d’un roi birman, qui finit par faire commerce d’antiquités locales prélevées sur les sites d’Angkor, sans que nul – en tout cas pas même l’auteur- ne s’en émeuve. Délicieusement romanesque et –bien involontairement- immoral.

Ne pas partir enfin, sans s’abandonner dans l’herbe face aux bassins de l’enceinte intérieure d’Angkor Vat ; les tours-pyramides en pommes de pin paraissent si légères qu’on les imagine, se détachant du temple, prêtes à s’envoler dans le ciel. Un grand oiseau aux ailes bleu cobalt, qui passe d’arbre en arbre, insoucieux de la foule, donne à la scène soleil-couchant une allure de féerie.

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Je vais dîner à la « Résidence » où je suis passé dans l’après-midi réserver ma table. Mon arrivée est saluée par des « M. X » par-ci, « M.X » par-là. Je choisis un plat que je crois principal, on m’explique l’air désolé que c’est une entrée, vu le prix j’en reste là, je prendrai un dessert. Hélas, c’était…. des pinces de crabes (de l’Alaska !), et je crève de faim ; je dois redemander du pain comme un pauvre type, pour profiter de ma mayo couleur vert goyave, aux saveurs extraordinaires, j’ai une bouteille de vin à finir, les serveurs se relaient pour m’en verser chaque fois un doigt, je demande qu’on ait le coude plus leste, on me comprend, mais je sens bien que le personnel, qui se ravise, me regarde désormais comme un gentil imposteur. Heureusement je paye, je sors et me précipite, comme un récidiviste qui change de quartier pour se défaire de sa réputation, au Linga Bar, à moto s’il vous plait, c’est plus drôle.

Aujourd’hui le morceau de choix en terrasse est une volumineuse américaine qui entretient un jeune gars (25, 28 ans), à la jolie frimousse, que j’avais vu hier soir plus à l’aise avec un vieux monsieur. Après deux ou trois consos, il parvient à abandonner l’américaine entre les bras d’un de ses amis, lequel partira cependant quelques instants plus tard sans elle, et comme précipitamment. L’américaine s’extrait, non sans mal, du canapé profond où elle cuvait sa jeunesse. Elle doit faire plus de 120 kilos,  doit avoir 40, 45 ans, a l’air angélique et doux, comme eux, mais manifestement il y avait mal donne. Elle part en souriant à la vie, contente de son moment, malgré tout.

La musique est bonne et Yoeun, le serveur, me donne son numéro de téléphone. Il n’a pas de mel.

FIN DE voyage (21 décembre)

Un voyage s’achève toujours la veille du départ ; il est inutile d’insister, c’est la loi commune. La dernière journée est toujours gaspillée, le départ serait-il prévu en soirée. « Où ai-je foutu les clés de chez-moi ? » Vérifier vingt fois les billets d’avion, le passeport et le visa. « Faisons le point : combien  me reste-t-il pour les cadeaux ? » ; « Mince ! et les cartes postales non envoyées ». On tourne, on vire, on s’interroge, on n’est déjà plus là. Obnubilé par le « check out », on fait des mines à la réception pour avoir le droit de prendre une douche vers 16 heures. «Mais bien sûr, on vous trouvera une chambre vide ». Alors, on est-là dès 15 heures, quand on part à 18, pour pas embêter et être sûr. On fait semblant d’avoir tout son temps, mais on est déjà dans l’attente, attente du taxi, attente de l’avion, attente du transit, attente de l’attente. Non, si on était raisonnable, il faudrait toujours partir le matin, pas trop tôt, mais surtout pas après le « check out ».

Je profite cependant de la matinée pour visiter le musée de Siem Reap, construction pharaonique concédée aux Thaïlandais, avec magasins de luxe, multimédia et tout le toutim. Les pièces exposées sont splendides et la salle aux mille Bouddha vraiment impressionnante. Quant à la sculpture khmère pré-angkorienne, sa pierre austère mais que l’on devine veloutée au toucher, ces formes aux lignes suaves, légèrement boursoufflées, elle dégage une voluptueuse sensualité, et on se dit : « Dès le retour nous irons à Guimet ! ». En sachant que l’on n’ira pas tout de suite.

 

                                                                -Fin-

ANGKOR  PRATIQUE

Voyage très simple à organiser.

Pas d’attente lors des formalités de visa à l’entrée, l’aéroport est très petit et celui de Hanoï pas très grand non plus. Visa sur place pour le Cambodge en 3 minutes, pas de visa bien sûr pour les pays de transit.

Un hôtel dans Siem Reap, pour le soir, et le site en tuk-tuk pour 12 à 15 dollars la journée de 8h30 à 18h (20 dollars l’entrée-journée du site, forfait de trois jours à utiliser dans la semaine pour 40 dollars, beaucoup de monde aux caisses mais cela va très vite).

J’ai vu des vélos mais beaucoup moins que je ne croyais, et je ne le conseillerais pas. C’est plat certes, mais le site est immense et, en dépit des indications, seul, on peut fatiguer très vite à trouver ce que l’on cherche. En outre, le tuk-tuk connaît les restaurants du site, qui ont l’air cependant de qualité égale (de 5 à 7 dollars le plat principal).

S’agissant des déplacements en ville, j’ai demandé une fois le prix d’une course en  tuk-tuk, c’est à ne pas faire, on vous répond un chiffre à la hauteur de l’ignorance que révèle votre question. Donner sa direction et si c’est OK, dire, très affirmatif : « Pour 1 dollar, c’est OK », et c’est toujours OK. Ce doit être moins sans doute, mais 1 dollar = 75 centimes d’euros !

Le soir les alcools sont à des prix européens, mais il s’agit de dollars, genre 2 ou 3 dollars la bière, 4 ou 5 dollars le cocktail. De très bons restaus dans les hôtels de luxe, souvent délicieux mais un peu chers (compter 40, 50 dollars le repas complet). Le vin est hors de prix (39 dollars la bouteille est un minimum, 10 dollars le verre dans ces mêmes hôtels). Il y a bien sûr des restaus moins chers en ville (10 dollars le repas), mais il serait dommage de ne pas goûter dans de parfaites conditions la cuisine khmère, au moins une fois. La cuisine du Village Angkor Hôtel (et non Resort, attention) est délicieuse à la carte, en tout cas le poisson, et spécialement la soupe du Lac ; celle du « Résidence Angkor » très soignée et le jardin splendide avec spectacle de danse les mardi et samedi.

Pour les visites, tout est beau mais Angkor Vat (compter 2, 3 heures), le Bayon (2, 3 heures), la galerie du Baphuon (30 minutes), les terrasses des Eléphants et du Roi Lépreux (promenade cool d’une petite heure en flânant), Ta Phrom (une heure et demie ), Ta Song (Ta Phrom sans personne, une heure et demie) et Banteay Srei, un peu plus loin mais inoubliable (une demi-journée) sont indispensables. Si vous disposez de trois jours ou plus, je conseille aussi la ballade vers les villages lacustres de Tonlé Sap quitte à zapper quelques sites de moindre intérêt (on peut y aller en tuk-tuk, puis ballade en bateau collectif ou individuel -individuel, ce doit être 30 dollars l’embarcation pour 3 heures), vraiment dépaysant. A titre d’exemple, voiture avec chauffeur pour la journée à Banteay Srei, déjeuner, petit tour sur le lac puis visite du groupe Roluos, 45 dollars sans négocier. Ce peut donc être moins cher.

Lors de la visite des sites, la lumière et l’exposition du monument au soleil a une très grande importance. Le Bayon se visite le matin, comme Banteay Srei ; Angkor Vat l’après-midi, et d’ailleurs, le plus tard possible. Bien sûr le Routard conseille plutôt l’inverse au motif que vous croiserez moins de monde. Mais on est rarement intelligent tout seul, et c’est vraiment dommage de tout visiter à contre-jour…

Pour les soins du corps, massages messieurs au Men’s Resort and Spa, voir sur internet (en tuk-tuk 1 euro pour y aller, cela peut être 2 pour revenir en ville si le tuk-tuk est intraitable) tarifs : moins de 20 dollars l’heure, 26 dollars l’heure et demie, plus pourboire donc… [voir ci-dessus]. Cet hôtel, assez loin du centre, est situé après une zone très pauvre, que l’on traverse ; je ne le conseillerais pas pour y résider. Mais il a l’air très bien tenu, manifestement par un européen, genre tombé amoureux sur place, type béton brut de Torremolinos, l’hôtel pas le patron….. Si vous allez au Linga Bar, qui n’est pas encore tout à fait un bordel - c’est plutôt ambiance Les  Noctambules place Pigalle-  donnez donc mon bonjour à cet aimable Yoeun ! Massage messieurs dans l’hôtel d’en face mais, à vue de nez, une allure plus « sexe » que « massage ».

Ne pas rater le musée de Siem Reap, un peu cher (15 dollars) mais vraiment très beau.

Il n’est pas indispensable de changer ses dollars en monnaie locale, tout se paye en dollars, mais on peut le faire si l’on souhaite avoir de plus petites coupures qu’un dollar. En décembre 2011, 1 dollar = 4 000 riels. On peut payer les tuk-tuk en riels, mais généralement pas grand-chose d’autre.

Je n’ai rien dit du « Angkor » de Pierre Loti, réédité dans la petite et belle collection de voyage du magazine Géo. Il s’agit d’un récit de son séjour de 1902, initialement publié en feuilleton dans la presse en 1912 sous le titre «  Pèlerinage à Angkor » avec une dédicace à Paul Doumer, alors Gouverneur général d’Indochine – et qui deviendra plus tard président de la République- très finement mais clairement anticolonialiste. Le François Bizot- ethnologue français fait prisonnier trois mois par les Khmers en 1971 avant qu’ils n’accèdent au pouvoir et qui a rencontré Douch dont il dresse un très fin –et très dense- portrait, est disponible à la Table Ronde sous le titre «  Le Portail », avec une préface de John Le Carré. En vente sur tous les sites pour quelques dollars.

Enfin, il est absolument indispensable de se munir d’un bon guide de visite des sites, notamment pour lire les bas-reliefs.  

Aucun sentiment de danger, pas même la nuit.

 

 

 

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